Poésies (1827)

Télésille

Scène lyrique
Télésilla, Argienne, excella dans la poésie lyrique,
et défendit courageusement la ville d’Argos assiégée par les
Lacédémoniens. Ses compatriotes lui élevèrent
une statue dans le temple de Vénus.
Pausanias, chap. 11

RÉCITATIF.,

      Dieu des beaux-arts, père de l’harmonie,
Vois régner en ces lieux la guerre et ses fureurs !
          Tu m’abandonnes !… dans les pleurs
          S’éteint le feu de mon génie.
O douleur ! je verrai des vainqueurs insolens,
          Dans ces murs apporter la flamme ;
Nos autels renversés, nos guerriers expirans ;
          Et moi !… je ne suis qu’une femme !

CANTABILE.

Éloignez-vous, pressentimens trompeurs,
      Qui troublez la paix de ma vie !
      Un Dieu peut sauver ma patrie,
      Et mettre un terme à nos malheurs !…
      Et toi ma compagne fidèle,
      Lyre, doux écho de mes chants,
      Reviens et rends-moi ces accens
Qui m’ont promis une gloire immortelle.
Reviens, reviens, ma compagne fidèle,
      Lyre, doux écho de mes chants !

RÉCITATIF.

      O ciel ! quelle terreur nouvelle
      Agite ce peuple éperdu ?
      Partout une voix trop fidèle
      Redit ces mots : Tout est perdu ?

AIR.

      Où suis-je ? quel brûlant délire !
      Mon coeur palpite…. je frémis….
      Ah ! je le sens, un Dieu m’inspire ;
          J’entends sa voix me dire :
      Combats, et sauve ton pays !

      Ma patrie , en proie aux alarmes,
      Veut des soldats, et non des larmes ;
      À mes transports unissez-vous ;
À votre tour défendez vos époux,
      Femmes d’Argos, prenez les armes !
      Courez, et de vos faibles mains
      Saisissez la lance homicide ;
      Que l’airain cache un front timide :
Forçons les Dieux à changer nos destins !

ROMANCE.

      Adieu, tranquille solitude,
      Témoin de mes heureux loisirs ;
      Douce paix , poésie, étude,
      Je renonce à tous vos plaisirs.

      Fleurs qui parez ma chevelure,
      Aimables filles du matin,
      Fuyez ; une pesante armure
      Va couvrir ma tête et mon sein.

      Lyre, trop long-temps délaissée,
      Enfant des arts, chère aux amours,
      Interprète de ma pensée,
      Adieu !… peut-être pour toujours !

FINAL.

      Un Dieu me conduit et m’inspire,
      Sa voix commande, j’obéis ;
      Je l’entends sans cesse redire :
      Combats, et sauve ton pays !

CHOEUR.

      Saisissons la lance homicide,
      D’un glaive armons nos faibles mains ;
      Que l’airain cache un front timide,
Forçons les Dieux à changer nos destins.

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