Louisa Siefert : Chanson (fragment de la Tintorella)
Poésies inédites (1881)
Chanson
Oh ! quand tu viendras tout à l’heure,
Je lèverai vers toi les yeux,
Et tu verras que si je pleure,
C’est de plaisir silencieux.
Je voudrais avoir, pour te plaire,
L’attrait d’un ange ou d’un démon ;
Je voudrais te mettre en colère,
Pour te demander mon pardon.
Et si je fixe, enfin, l’envie
De ton caprice errant toujours,
Je voudrais faire de ta vie
Le poème de nos amours.
. . . . . . . . . .
Fais-toi radieuse, ô mon âme,
Mon cœur, fais-toi tendre et soumis !
Que sur mon front brille la flamme
De l’idéal bonheur promis !
Soleil, mets dans mes blondes tresses
La clarté de tes longs rayons.
Prête à mon souffle tes caresses,
O vent des flots et des sillons !
Que tes couleurs soient sur ma joue,
Et sur mes lèvres vos parfums,
Rose qu’à mon corset je noue,
Myrte et verveine aux rameaux bruns ;
Et toi, printemps, et toi, jeunesse,
Qu’aujourd’hui, vainqueur et jaloux,
À mes côtés son désir naisse
Et soit éternel comme vous !
(Fragment de la Tintorella)
Les Ormes, janvier 187…