Les Stoïques (1870)

 

Sous ta sérénité cache aussi ton secret.
Théodore de Banville

O privilèges saints que Dieu m’accorde encor
Et dont s’enorgueillit mon âme inassouvie,
Vous que j’aime & je garde ainsi qu’un pur trésor,

Tristesses de mon cœur & peines de ma vie,
Retirez-vous du jour & cachez-vous aux yeux :
Je ne veux exciter la pitié ni l’envie.

Cherchez la solitude aux soirs silencieux,
Demandez aux matins dormants l’indépendance,
O superbes douleurs, pour monter sous les cieux.

Cependant que mes vers à leur lente cadence
Tels que les flots d’un lac berceront vos ennuis,
Pour avoir plus de force ayez plus de prudence.

Et sans perdre de séve en d’inutiles fruits,
Plus vigoureusement qu’aux montagnes prochaines,
Puisant les sucs secrets dans le profond des nuits,

Vos racines croîtront comme celles des chênes.

Retour à la table des matières