Les Stoïques (1870)

 

Pour embrasser le monde ouvrant les bras en croix.
Théophile Gautier

Quand Jésus s’en allait de bourgade en bourgade,
Quand il était bien las de la route du jour,
Quand il laissait errer son regard tour à tour
Du scribe au péager, du pécheur au malade ;

Simple & grand, fort & doux, quand il avait donné
À tous le pain de vie & les eaux jaillissantes,
Quand il sentait gronder les haines menaçantes
Et savait qu’il mourrait de tous abandonné ;

Quelquefois une larme, un soupir, un murmure,
Humble hommage d’une âme où l’amour avait lui,
Naissait sur son passage & venait jusqu’à lui :
Dieu lui donnait cela comme baume à l’injure.

Et le Christ, raffermi par ce faible soutien,
Reprenait le chemin qui finit au supplice.
Ce miel lui suffisait au bord de son calice
Et qu’on lui dît : Merci, car tu m’as fait du bien !

Or, c’est la sainte joie & l’attribut suprême
Que Dieu s’est réservés dans son éternité
D’être pour l’homme ingrat l’amour & la bonté,
Et d’être le pardon lorsqu’il pleure & qu’il aime.

Mais l’urne était si large & le flot si fécond,
Que Dieu le fit pencher sur la fange où nous sommes
Et qu’il dit à Jésus d’amener tous les hommes
À cet amour sans borne, à cette mer sans fond.

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