Les Stoïques (1870)

PROMENADE D’AUTOMNE

Toujours de l’ineffable allant à l’invisible.
Victor Hugo

Nous étions en octobre, & les cieux dépouillés
Étaient pleins de rayons & d’oiseaux éveillés.
Plus tendre qu’un soupir, plus doux qu’une caresse,
Le vent tout imprégné de langueur charmeresse
Nous soufflait à mi-voix mille songes heureux.
Par la ruelle étroite & le sentier pierreux
Où les enfants jouaient en chantant, où l’aïeule,
Sur le pas de sa porte assise triste & seule,
Écoutant ces refrains qu’elle avait désappris,
Rêvait de jeune espoir & de printemps fleuris,
Nous étions arrivés en haut de la colline.
Les horizons, noyés dans la brume opaline
Que l’automne répand, fuyaient roses & bleus
Comme pour s’en aller aux lointains fabuleux.
Avec leur bruit & leurs clameurs inattendues,
Immenses toutes deux & toutes deux perdues
Dans ces vapeurs où terre & ciel se confondaient,
La campagne & la ville à nos pieds s’étendaient.
L’oreille en vain cherchait un son, l’œil une forme :
Un murmure étouffé sous un nuage énorme,
Une aspiration confuse, un nimbe d’or,
Près de nous des oiseaux qui gazouillaient encor,
Et c’était tout.— Ainsi le passé dans la vie
Disparaît, l’aspect change & le rêve dévie.
Plus haut que l’idéal, plus loin que le désir,
L’âme enfin libre monte &, fière, vient saisir,
Par delà les rayons qui voilent sa souffrance,
Dans l’immortel amour, l’immortelle espérance.

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