Anaïs Ségalas : Notes (Les algériennes, poésies)
Les algériennes, poésies (1831)
Notes
LA CAPTIVE
Toujours des forts, des tours où le Musulman veille, etc.
Les murailles d’Alger sont flanquées de tours carrées ; sept forts défendent encore la ville. L’un, bâti dans l’île de la Lanterne, protége le port, et deux autres la rade et la place du côté de la mer.
Des maisons aux toits plats, en forme de corbeille, etc.
Dans cette partie de l’Afrique, comme chez presque tous les Orientaux, les toits des bâtimens sont plats, « les maisons sont généralement construites en pierre et en briques de forme carrée. Il y a à peu près dans toutes une cour pavée au milieu, proportionnée à leur grandeur, autour de laquelle règnent des galeries soutenues par des colonnes, et où se trouvent les appartemens ; les portes de chaque pièce, presque toujours de la hauteur de la galerie, touchent au plafond, qui est fort élevé, et sont à deux battans ; les chambres sont éclairées par de petites fenêtres, mais surtout par les portes, qui procurent suffisamment de jour, et les galeries sont surmontées d’une terrasse qui sert de promenade aux personnes de la famille. »
(Extrait d’un Voyage dans la Régence.)
Sur le triste balcon la triste persienne, etc.
On permet aux femmes d’aller respirer sur des balcons, qui s’avancent en saillie dans les rues ; mais cette faible liberté effarouchant encore la jalousie de leurs époux, ils y font placer des persiennes, qui dérobent leurs compagnes aux regards curieux.
Sa ville apparaissant en vaste amphithéâtre, etc.
La ville d’Alger est située en amphithéâtre sur la côte du golfe Matifoux.
. . . . . . Ses toits, offrant l’aspect divers
D’une grande tenture avec ses larges toiles,
Les maisons, blanchies à l’eau de chaux, ressemblent dans le lointain à une tenture de toile,
Toujours ce port affreux, où, rayonnans de joie,
Tous ces brigands des eaux vont déposer leur proie.
Le port est fermé par une petite île jointe au continent par un môle. On y voyait sans cesse des vaisseaux qui revenaient ou qui partaient, et
l’on y faisait débarquer les esclaves que les Algériens avaient pris dans leurs courses vagabondes.
Ils marquent par des vols de marchandise humaine
L’époque de leur Baïram.
Les pirates équipaient leurs vaisseaux, et commençaient leurs brigandages dans le temps du Baïram. On donne le nom de Baïram à des fêtes mobiles qui durent trois jours, et tiennent à la fois de la Pâque des juifs, de notre carnaval et de notre premier jour de l’an. On s’embrasse, on se félicite, on s’envoie des présens en sortant de la mosquée. Lorsque vient le moment du repas, on tue l’agneau pascal dans chaque famille, à l’exemple des juifs.
Échantillons vivans de différentes plages,
Son amour abruti rassemble dans leurs cages
Des femmes de toute couleur.
Les Algériens, qui regardent les femmes comme des esclaves, ont soin d’en appareiller de toutes les nations et de toutes les couleurs. Ils ont presque toujours dans le nombre de leurs épouses une blanche et une négresse.
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Le soleil dans Alger dorer la forteresse, etc.
La forteresse s’élève sur une voûte formée par
la porte principale.
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Des fantômes humains se mouvoir sur la place, etc.
La place est devant le palais du Dey : c’est le lieu d’exécution. À droite et à gauche deux rues conduisent à deux grandes portes : l’une est appelée Babe-Assoun, et l’autre, nommée Babeloued, mène aux cimetières et à la manufacture des poudres.
CRI DE GUERRE DES ALGÉRIENS
Indomptables spahis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Spahis, cavaliers de la troupe.
Déjà l’aga s’avance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Aga, général d’infanterie.
Mais, avant de partir, prions le grand prophète !
Le pigeon saint lui dit l’Alcoran bienfaiteur, etc.
Tout le monde connait la fable du Pigeon blanc que Mahomet prétendait être l’ange Gabriel, qui venait lui dicter l’Alcoran, tandis que ce pigeon n’était attiré que par des grains de blé que le célèbre imposteur mettait dans son oreille.
Il est pur et parfait, un ange à sa naissance
Ota le grain noir de son coeur.
Parmi la foule de merveilles que les Musulmans attribuent à leur prophète, on cite la suivante : « Dans l’extrême enfance de Mahomet, les anges lui fendirent le corps pour lui laver les boyaux, et lui ouvrirent le cœur, afin de lui en ôter le grain noir, qui tourmente les autres hommes : toute cette opération se fit sans qu’il ressentit la moindre souffrance. »
Nous avons refusé le zacat du koran, etc.
Le zacat n’est autre chose que l’aumône. Chaque particulier doit donner un pour cent de son revenu pour secourir les pauvres.
Le vin impur d’Europe a souillé nos entrailles.
On peut trouver extraordinaire que je prête un semblable langage aux Mahométans, qui ne boivent jamais de vin ; mais les Africains observent beaucoup moins strictement les préceptes de l’Alcoran que les autres peuples de leur religion.
Nous n’avons pas prié sous tes saintes murailles,
Ni jeûné dans le ramadan.
Le ramadan ou ramazan est le grand jeûne ou carême des Mahométans. Ils ne peuvent alors mettre quoique ce soit dans leur bouche, tant que le soleil est sur l’horizon, mais seulement après qu’il s’est couché, et que les lampes, qui sont autour du clocher des mosquées, sont allumées. Aussitôt, ils font leurs repas, et s’occupent de leurs affaires. Ils prétendent que pendant ce
temps, les portes du paradis sont ouvertes, et celles de l’enfer fermées.
Mais nous avons du juif resserré les entraves, etc.
On sait quel était dans la régence d’Alger le malheur et l’avilissement des juifs.
Mais de vils Rafazis sont morts sous nos liens, etc.
On donne le nom de Rafazis (infidèles) aux Persans qui suivent une interprétation de l’Alcoran différente de celle des autres Mahométans. Ceux-ci prétendent qu’il n’est point de miséricorde pour ces sectateurs d’Ali.
Courons ! chayas, spahis, oldaks, que l’on s’avance !
Le chaya est le plus ancien capitaine de la milice et le successeur de l’aga.
Oldaks, soldats.
Allons, sagaïrdgis, armez-vous de la lance, etc.
Sagaïrdgis, Turcs armés de lances.
Vos pistolets, vos yataguangs.
Yataguang, espèce de sabre.
LE JEUNE SOLDAT
Entouré de l’Arabe aux peuplades errantes,
Nos braves sont épars à l’ombre des palmiers,
Et l’on voit s’agiter auprès de nos guerriers,
Du chameau colossal les montagnes vivantes.
À l’époque de la guerre d’Alger, on a vu dans les journaux une description du camp français, que j’ai imitée dans ces vers. Les Arabes, étonnés de la douceur et de l’humanité des Français, se plaisaient à venir près d’eux, et à leur apporter des provisions. Nos soldats se reposaient sous les beaux palmiers d’Afrique, et d’immenses chameaux qu’on voyait auprès d’eux complétaient la singularité de ce tableau.
Voici l’auguste anniversaire
Du jour sacré de Marengo.
Le 14 juin, jour anniversaire de la bataille de Marengo, nos jeunes soldais ornèrent de fleurs leurs fusils, et célébrèrent par des acclamations
le triomphe do leurs pères.
LE DRAPEAU TRICOLORE
C’est lui, qui, dans le Caire aux rivages lointains
Guida Bounaberdi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Bounaberdi est le nom que les Arabes donnent à Bonaparte.
RITA ET CRISTINA
Il jette un double monstre aux états écossais, etc.
Il est ici question de l’homme bicéphale, semblable à Rita et Christina, et qui a vécu à la cour de Jacques III, roi d’Écosse.
Il unit deux jumeaux par des liens magiques, etc.
Les deux Siamois.
Ou fait naître non loin des rives italiques,
Une vierge aux doubles attraits.
Rita et Christina étaient nées à Sassari, en Sardaigne.
Dans les flots d’un lait pur, qui verse l’existence,
Deux femmes ont formé leur première innocence.
Maria-Thérésa Parodi, mère de ces enfans, se fit seconder par une autre femme pour nourrir sa double fille.