Les algériennes, poésies (1831)

LE PANTHÉON

O temple de deuil et de gloire.
Panthéon, reçois leur mémoire !
Casimir Delavigne

Salut, beau monument, lugubre sanctuaire
De talent et de mort, de néant, de splendeurs !
On décerne en tes murs le laurier funéraire
À l’ombre du grand homme avide encor d’honneurs !

Nos tribuns peupleront ta vaste galerie ;
Mais les héros nombreux morts pour nos libertés,
Nos guerriers morts pour la patrie,
N’obtiendront que leurs noms dans tes murs respectés ;
Car s’il fallait donner un funèbre domaine
Aux mortels illustrés, dont on inscrit le nom,
La France suffirait à peine
À cet immense Panthéon.

Ces lieux accueilleront votre gloire commune,
Manuel, Liancourt, Foy, Benjamin Constant !
Le peuple doute encor de sa prompte infortune ;
Il croit vous voir toujours briller dans la tribune,
Et jeter dans les coeurs un discours éloquent.

Tels, quand on livre un son à l’air qui le répète,
Les échos murmurans semblent le retenir,
Et lorsque dès long-temps notre bouche est muette,
Ils en gardent le souvenir.

Votre voix éclatante a vibré dans l’Europe,
Votre âme, parmi nous, vous survit à jamais,
Et respire dans les progrès
De ce siècle qu’elle enveloppe.

Elle est au sein du peuple, à la chambre, en tous lieux,
Et par un superbe mystère
Semble encor planer sur la terre,

Quand d’un divin essor elle a fui vers les cieux.

Panthéon, à ces morts sublimes
Ouvre ton immense tombeau !
Levez-vous, ombres magnanimes
De Voltaire et de Mirabeau !
France, sois radieuse et fière !
Tu peux te parer de ton deuil,
Car jamais plus noble poussière
N’honora plus noble cercueil !

De ces brillans tribuns qu’aurait envié Rome,
Voilà le premier pas vers la postérité !
Ce sépulcre sacré des cendres du grand homme
Est aussi le berceau de l’immortalité !

Dans ce trône de mort, magnifique apanage,
Heureux qui peut être placé !
Quel peuple nous oppose un plus auguste usage ?
Les Grecs des conquérans n’adoraient que l’image,
Et leur encens fumait pour un marbre glacé ;
De ceux qu’on admira, dans ces tombeaux suprêmes
On garde la dépouille empreinte de grandeur :
Du moins ces froids débris et ces lambeaux d’eux-mêmes,
Ont pu sentir battre leur cœur.

Caveaux de Saint-Denis en vain on vous renomme,
Votre luxe vaut-il ce tombeau solennel ?
Quand la mort le détrône, un roi n’est plus qu’un homme,
Le sceptre du génie est un sceptre éternel.

Le nom du Panthéon que mainte ombre décore,
Doit être par le siècle aux siècles répété.
Ces restes, en dépit du ver qui les dévore,
Triomphant du néant, sauront vouer encore
Leur asile de mort à l’immortalité.

 

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