Les algériennes, poésies (1831)

LE JEUNE SOLDAT

Entourés de l’Arabe aux peuplades errantes,
Nos braves sont épars à l’ombre des palmiers ;
Et l’on voit s’agiter auprès de nos guerriers
Du Chameau colossal les montagnes vivantes.
Tout est nouveau pour moi ; mais nos anciens soldats
Ont toujours ce beau ciel présent à leurs mémoires :
Depuis long-temps par leurs victoires
Ils connaissent tous les climats.

Mais, comme eux à présent, je sais l’art de combattre ;
Me voici près du fort, les armes à la main ;
J’ai déjà vu la mort me menacer en vain,
J’entendis les canons sans me laisser abattre,
Je suis homme à présent : des Maures détestés
J’ai foulé les turbans, qui roulaient dans la poudre,
Et mon bras a lancé la foudre
Sur les mortels épouvantés.

Je ne suis plus enfin renfermé dans nos villes,
Et de mon simple habit je connais tout le prix :
Et guerrier sans bataille, au sein de mon pays,
J’ai cessé de porter des armes inutiles.
Je fus enveloppé des flammes d’un combat ;
Vous tous, appesantis par une molle ivresse,
Riches nourris dans la mollesse,
Inclinez-vous…., je suis soldat.

La rance m’a dit : Pars, accours sans plus attendre ;
À mon ordre suprême obéis sans détour.
Marche, je t’ai donné, quand tu reçus le jour,
Une âme pour m’aimer, un bras pour me défendre.
Prouve que ces Français que je porte en mon sein,
Brûlant, comme autrefois, d’une ardeur héroïque,
Des vastes déserts de l’Afrique
N’ont pas oublié le chemin.

Oui, j’arrive à ta voix, ô ma chère patrie,
Tout mon être enflammé répond à ton appel !
Oui, je veux imiter votre exemple immortel,
Français du Mont-Thabor, Français d’Alexandrie,
Car en fait de succès, de gloire à signaler,
Pour la France, au sommet de toute sa puissance,
Le plus beau modèle est la France,
Et sa gloire est de s’égaler !

Quelle tâche imposante elle donne à mon zèle !
Quel plus noble héritage, ô guerriers d’Austerlitz,
Pouviez-vous, en mourant, confier à vos fils !
Qu’il est beau, soutenant l’immense parallèle,
Quand les temps sont passés, quand d’autres jours ont fui
Après tant de renom, d’éclat et de courage,
De voir maintenir votre ouvrage
Par tous les Français d’aujourd’hui !

Qu’il est grand l’ouvrier dont la main créatrice,
Tirant d’un noir chaos et la terre et les mers,
Jette les fondemens de ce vaste univers,
Et forme un gigantesque et sublime édifice !
Et qu’il est grand encor celui dont l’art vainqueur
L’empêche de fléchir sous sa propre puissance,
Et maintient l’édifice immense
Dans sa magnifique splendeur !

Si je suis épargné par le temps et la guerre,
Au moment d’un combat, puisse mon faible cœur,
Brûler comme aujourd’hui de plaisir et d’ardeur,
Et conserver encor sa valeur téméraire,
Lorsqu’en profonds sillons sur mes traits pâlissans,
On verra se graver ces rides vénérables,
Marques, hélas ! ineffaçables
De la vieillesse de nos ans !

Mais avant cet instant, sur la rive étrangère,
Prêt à chaque bataille, au danger le premier,
Effroi des ennemis, jeune homme et vieux guerrier,
Parcourant à grands pas ma course militaire,
Puissé-je voir, prouvant la vigueur de mon bras,
Sur mon front ennobli ; de larges cicatrices
Briller en glorieux indices
De la vieillesse des combats !

Mais, silence ; je vois les clartés spontanées
Du jour qui vient d’éclore et s’annonce en vainqueur
Il semble saluer de sa vive lueur
Un frère glorieux mort depuis trente années,
Qui, du fond de l’espace, où le temps est jeté,
De son frère naissant, illuminant l’aurore,
Vient l’embellir et le colore
D’un reflet de sa majesté.

Soleil, verse sur nous des torrens de lumière !
France, enorgueillis-toi de tes anciens hauts faits,
Frissonne dé plaisir, comme au jour d’un succès
Algériens, craignez notre ardeur meurtrière !
Soldats, de chants joyeux, frappons tous leur écho !
Et couronnons de fleurs nos armes qu’on révère ;
Voici l’auguste anniversaire
Du jour sacré de Marengo !

 

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