Malvina Blanchecotte : Vents et brises
Rêves et réalité (1856)
VENTS ET BRISES.
DANS LA MONTAGNE
Sombre est la vie aux sombres crises,
Vivre est amer, est bien amer.
Oh ! de l’air à mon front ! de l’air !
Passez, ô vents ! passez, ô brises !
Vivre fait mal ! vienne la mort !
L’âme humaine est anéantie.
Ah ! sur ma tête appesantie.
Passez, vents noirs, ô vents du nord !
Le souvenir fait la souffrance :
O brises, qu’il soit effacé !
Mourez en moi, chants du passé,
Chants de douleur, chants d’espérance !
Pourquoi revenez-vous toujours,
Pourquoi murmurez-vous sans casse,
O mélodie enchanteresse,
Chants trompeurs des trompeurs amours !
Non ! plus rien ! plus rien que la brise,
La brise dans les sapins noirs,
La brise dans l’ombre des soirs,
Pleins de rêverie indécise !
Passez, brises, passez, ô vents,
Parmi les tremblantes ramures !
Vos paisibles et saints murmures
Font du bien même aux plus souffrants.
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La nuit était sereine : un long reflet bleuâtre
Enveloppait les champs où s’endormait le pâtre.
Les promeneurs du soir avaient clos leur foyer,
On entendait les chiens de montagne aboyer.
Les bois, illuminés par un effet de lune,
Balançaient leur murmure au-dessus de la dune ;
Au doux bruissement des brises et des flots
Venait un doux sommeil sous les zéphyrs éclos ;
Et l’âme, abandonnée à ce calme silence,
Sentait venir aussi comme une somnolence.
Il est bon de rêver ici,
Il est bon d’oublier son âme
Pleine de fièvre et de souci,
Pleine de bruit, pleine de flamme :
O paix des nuits descends sur moi,
Donne une trêve à ma pensée,
Que je sente un rayon de toi,
Que ma tête dorme affaissée !
Le front comprimé sous ma main,
Je t’attends, ô consolatrice !
Pour m’apprêter un lendemain
Où se ferme ma cicatrice !
Juin