Malvina Blanchecotte : Le murmure de la mer
Rêves et réalité (1856)
LE MURMURE DE LA MER
À. M. AUG. L.
Murmure, ô mer ! murmure à l’horizon mouvant !
Au bord de tes rives couchée,
J’écoute ; et ton flot bleu que ride un léger vent,
M’apporte une rumeur cachée.
Bien doux à mon oreille et bien mélodieux
Est ton bruit, mer harmonieuse !
Viens donc ! oh ! viens bercer d’un chant mystérieux,
Ma peine aussi mystérieuse.
Ta vague roule, roule, elle roule vers moi,
Impénétrable elle s’avance ;
Laisse-moi me jouer sur l’écume avec toi,
Comme aime à se jouer l’enfance.
Viens-tu me rapporter ces longs jours disparus,
Cette paix qu’en vain je rappelle !
Mes rêves de bonheur me seront-ils rendus,
O mer majestueuse et belle !
Le ciel profond est clair comme est clair ton miroir,
Clair l’horizon qui se déroule ;
Seule mon âme est sombre et seul mon cœur est noir,
Mon triste cœur que je refoule.
Sur l’aile de tes vents m’apportes-tu l‘oubli,
Afin qu’à mes maux je pardonne ?
Et ton reflux va-t-il rouler enseveli
Le regret que je t’abandonne ?
Sur ta vague emportée et bien loin avec toi,
Bien loin je veux suivre les ondes ;
Dieu, ton maître et le mien, et dont tu suis la loi,
Me parle en tes rumeurs profondes.
Je trouverai peut-être en ton sein le sommeil ;
Perdue avec toi dans l’espace,
Mon âme jusqu’au jour de l’éternel réveil
Devant le sort trouvera grâce.
La brise mollement passera sur mon front,
Invisible et lente caresse ;
Et ce que Dieu te dit, tes flots me le diront :
Ton murmure en est la promesse.
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Le soir brumeux descend et couvre de vapeurs
L’onde et le ciel mêlés ensemble ;
Mais Elle est là toujours, écoutant les rumeurs
Que la profonde nuit rassemble.
Le phare au loin s’allume, en même temps qu’aux cieux
L‘étoile, qui vient chasser l’ombre ;
La mer phosphorescente a presque un bruit joyeux :
Seule une âme demeure sombre.
Lion-sur-Mer 43 août
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