Rêves et réalité (1856)

LA NUIT

Descends, ô Nuit, profonde Nuit !
Déroule autour de moi ton ombre.
Dans ma retraite, où rien ne luit,
Viens veiller sur mon âme sombre.
Tout dort où ton aile a passé,
Les bruits du monde ont bien cessé,
Je puis pleurer loin de ce monde,
Descends, ô Nuit, ô Nuit profonde !

Bien longtemps laisse-moi pleurer,
Trop de fois il me faut sourire ;
Laisse ce cœur se délivrer
De l’étreinte qui le déchire.
Ah ! mon front pâle et désolé
Peut sous ma main rester voilé,
Je puis écouter ma souffrance :
O Nuit, épaissis ton silence !

Tout pouvoir cesse auprès du tien,
La Nuit est à l’âme oubliée ;
Où vient Dieu, l’homme ne peut rien
Contre sa proie humiliée.
C’est presque la tombe et la paix ;
Nuit sombre, oh ! ne finis jamais !
Tu prends ceux qu’a bannis ce monde !
Demeure, ô Nuit, ô Nuit profonde !

Août

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