Malvina Blanchecotte : Away ! away !
Rêves et réalité (1856)
AWAY ! AWAY !
O mon trop faible cœur, pourquoi cette souffrance ?
L’oubli qu’on a prévu n’est-il pas accepté ?
S’il t’avait pu rester une seule espérance,
O mon trop faible cœur, aurais-tu tout quitté !
J’ai voulu demander à l’austère nature
Un peu de calme et d’air pour mon cœur désolé ;
Mais je retrouve en tout mon douloureux murmure,
Et de mon deuil profond tout semble être voilé.
O montagnes, ô bois, ô cascades limpides,
Vous avez donc pitié du pauvre cœur humain !
Quand nous allons bien seuls dans nos sentiers arides,
Votre voix nous répond comme un ami lointain.
Ah ! toutes nos douleurs vous les savez sans doute !
Vous êtes moins cruels que nos frères d’en bas ;
Ce sont les plus aimés qui nous laissent en route,
Leur main blesse, leur main, hélas ! ne guérit pas !
Soufflez, soufflez longtemps sur mon front, voix des brises !
Votre murmure est doux au cœur enseveli ;
Je l’écoute courir au pied des roches grises…..
C’est un peu de sommeil si ce n’est pas l’oubli !
Air-les-Bains, 25 mai