Rêves et réalité (1856)

À L’OCÉAN

FRAGMENT

O mer, puissante mer, mer profonde et grondante,
J’aime ton bruit de mort et tes flots irrités !
Tu réveilles en nous une autre voix tonnante,
Près de toi le cœur bat à coups précipités.
Ce que notre âme en feu peut contenir d’orages,
Ce que le cœur humain peut souffrir de douleurs,
Ce que notre regard peut rêver de mirages,
Tu le sais, Océan ! l’homme te dit ses pleurs.
Ce qu‘il dérobe à tous, ce qu’il cache à Dieu même,
Il te le dit à toi : tu le vois à genoux !
Tous deux vous échangez un langage suprême,
Et son sanglot gémit pareil à ton courroux.
Ah ! mystères tous deux, vous êtes des abîmes !
L’infini vous entoure et vous roulez profonds.
Quand le Maître ignoré veut niveler tes cimes,
Quand il veut parmi nous se marquer des victimes,
Toi, tu courbes ta vague, et nous courbons nos fronts !

28 septembre 1853

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