Rêves et réalité (1856)

À LA SOLITUDE

SONNET

Je te reviens encore, ô solitude austère !
Dieu m’a faite pour toi : ne nous séparons pas !
Mêlée un seul instant aux choses de la terre,
J’ai vu mon cœur moqué : le voici morne et las !

O toi, tu sais la source où je me désaltère,
Tu sais la route ombreuse où s’égarent mes pas !
Reprends-moi, reprends-moi dans l’ombre et le mystère !
Comme un enfant blessé soutiens-moi dans tes bras !

Enveloppée encore et pour jamais d’angoisse,
Dans mon silence altier qu’avec toi rien ne froisse,
Je me renfermerai, comme dans un linceul ;

Et, comme à mon berceau, toi l’ange de ma tombe,
Tu sauras avec Dieu quel autre poids y tombe,
Et pourquoi mon fantôme a vécu sombre et seul !

24 novembre l854

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