Élégies, Marie, et romances (1819)

L’INSOMNIE

Je ne veux pas dormir ; oh ! ma chère insomnie,
Quel sommeil aurait ta douceur !
L’ivresse qu’il accorde est souvent une erreur ;
Et la tienne est réelle, ineffable, infinie !
Quel calme ajouterait au calme que je sens ?
Quel repos plus profond guérirait ma blessure ?
Je n’ose pas dormir ! non, ma joie est trop pure….
Un rêve en distrairait mes sens !
Il me rappellerait peut-être cet orage
Dont tu sais enchanter jusques au souvenir :
Il me rendrait l’effroi d’un douteux avenir ;
Et je dois à ma veille une si douce image !
Un bienfait de l’Amour a changé mon destin :
Oh ! qu’il m’a révélé de touchantes nouvelles !
Son message est rempli, je n’entends plus ses ailes ;
J’entends encor : demain ! demain !
Berce mon âme en son absence,
Douce insomnie, et que l’Amour,
Demain, me trouve, à son retour,
Riante comme l’Espérance !

Pour éclairer l’écrit qu’il laissa sur mon cœur,
Sur ce cœur qui tressaille encore,
Ma lampe a ranimé sa propice lueur,
Et ne s’éteindra qu’à l’aurore.
Laisse à mes yeux ravis briller la vérité :
Écarte le sommeil ; défends-moi de tout songe :
Il m’aime, il m’aime encore !…. ô Dieu ! pour quel mensonge
Voudrais-je me soustraire à la réalité !

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