Élégies, Marie, et romances (1819)

LES DEUX AMOURS

Je m’ignorais encor : je n’avais pas aimé….
O dieu ! si ce n’est toi, qui pouvait me l’apprendre ?
À quinze ans, j’entrevis un enfant désarmé ;
Il me parut alors plus folâtre que tendre ;
D’un trait sans force il effleura mon cœur ;
Il fut léger comme un riant mensonge ;

Il offrait le plaisir, sans donner le bonheur ;
Un jour, il s’envola…. Je ne perdis qu’un songe.
Je l’ai vu dans tes yeux cet invincible Amour,
Dont le premier regard trouble, saisit, enflamme,
Qui commande à nos sens, qui s’attache à notre âme,
Et qui l’asservit sans retour.
Cette félicité suprême,
Cet entier oubli de soi-même,
Ce besoin d’aimer pour aimer,

Et que le mot amour semble à peine exprimer ;
Ton cœur seul le renferme , et le mien le devine ;
Je sens, à tes transports, à ma fidélité,
Qu’il veut dire à-la-fois, bonheur, éternité !…
Et que sa puissance est divine.

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