Poésies inédites (1860)

Le voisin blessé

      L’AUTRE nuit le voisin qui pleure
      Frappa pour me dire bonsoir :
      « Dormez, voisin, ce n’est plus l’heure ;
      On n’y voit plus : il faut se voir.
Je suis vous le savez une pauvre orpheline ;
Je n’ai d’autre gardien que la vierge divine. »
      Mais il reprit si tristement :
      « Au pécheur Dieu donne un moment
      De grâce avant le châtiment! …. »

      Il dit cela d’un ton si grave
      Que sa voix me troubla le cœur,
      Et qu’à ce blessé doux et grave
      Je répondis malgré ma peur :
« Vous avez votre mère, et moi, pauvre orpheline,
J’en vais demander une à la vierge divine.
      Pourquoi dites-vous tristement :
      Au pécheur Dieu donne un moment
      De grâce avant le châtiment? …. »

      « La grâce, c’est votre présence ! »
      Cria-t-il contre la cloison.
      « Le châtiment, c’est votre absence,
      Et le ciel, c’est votre maison !
Je suis l’heureux voisin de la jeune orpheline
Qui demande une mère à la vierge divine ;
      C’est pourquoi je dis tristement :
      Au pécheur Dieu donne un moment
      De grâce avant le châtiment !

      « Car vous partez avec l’aurore,
      Et moi, blessé, je vais mourir… »
      — « Voisin, je ne pars pas encore
      Et si l’on pouvait vous guérir…
Donnez-moi votre mère, et la pauvre orpheline
Ne demandera rien à la vierge divine.
      Ne dites donc plus tristement :
      Au pécheur Dieu donne un moment
      De grâce avant le châtiment ! »

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