Élégies, Marie, et romances (1819)

Le sommeil de Julien

C’était l’hiver, et la nature entière
Portait son deuil, et redoublait le mien :
Je regagnais, à pas lents, ma chaumière,
Les yeux fixés sur celle de Julien !

Un voile noir s’étendit sur la plaine ;
Un triste écho fit aboyer mon chien :
Le vent soufflait, et sa plaintive haleine
Disait aux bois : Julien ! pauvre Julien !

Sur mon chemin je vis la lune errante ;
Qu’elle était sombre en parcourant le sien !
Je contemplai cette clarté mourante ,
Moinstriste, hélas ! que les yeux de Julien !

Je m’endormis, de tant d’objets lassée ;
Le ciel s’ouvrit !… et je n’entendis rien ;
Mais tout-à-coup la cloche balancée
Me réveilla…. sans réveiller Julien.

Quand j’abordai sa sœur silencieuse,
Sa main me dit : « Il repose ! il est bien!…. »
Je voulus voir…. Une larme pieuse
M’apprit le nom du sommeil de Julien.

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