Élégies, Marie, et romances (1819)

L’exilé

« Oui, je le sais, voilà des fleurs,
Des vallons, des ruisseaux, des prés et des feuillages,
Mais un ruisseau plus pur et de plus verts ombrages
Enchantent ma pensée, et me coûtent des pleurs !

« Oui, je le vois, ces frais zéphirs
Carressent en jouant les naïves bergères ;
Mais d’un zéphir plus doux les haleines légères
Attirent loin de moi mon âme et mes soupirs !

« Ah ! je le sens ! c’est que mon cœur
Las d’en vier ces bois, ces fleurs, cette prairie,
Demande en gémissant des fleurs à ma patrie !
Ici rien n’est à moi, si ce n’est ma douleur ».

Triste Exilé ! voilà ton sort !
La plainte de l’Echo m’a révélé ta peine.
Comme un oiseau captif, tu chantes dans ta chaîne :
Comme un oiseau blessé, j’y joins un cri de mort !

Goûte l’espoir silencieux !
Tu reverras un jour le sol qui te rappelle ;
Mais rien ne doit changer ma douleur éternelle.
Mon exil est le monde…. et mon espoir aux cieux.

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