Malvina Blanchecotte : Jalousie de mère
Rêves et réalité (1856)
JALOUSIE DE MÈRE
Adieux à mon petit enfant âgé de quatre mois
Jours disparus, hélas !
Adieu, toute mon âme !
Le devoir me réclame
Où mon enfant n’est pas !
Etonné de mes larmes,
Tu fais un cri d’effroi ;
Tu demandes pourquoi
Ces cruelles alarmes.
Paix, ô mon jeune amour !
Mon regret va se taire ;
Mon douloureux mystère,
Tu le sauras un jour.
Quand ton regard si tendre
Pourra lire en mes yeux,
Quand tu prieras les cieux,
Quand tu pourras m’entendre.
Tu sauras que l’enfant
Nous redonne la joie,
Quand notre âme est en proie
Au chagrin dévorant.
D’ici là dors, Alphonse !
Dors, mon ange adoré !
Mon cœur a murmuré :
Mais Dieu sait et prononce.
D’autres favorisés
Auront tes gentillesses ;
Moi, j’avais des caresses,
Oh! j’avais des baisers !
Et cela seul m’enflamme,
Mon sanglot retentit ;
Adieu, pauvre petit !
Souris à l’autre femme !
Nogent-le-Rotrou, 14 juin 1851