Malvina Blanchecotte : Fragment de poème
Rêves et réalité (1856)
FRAGMENT DE POËME
STANCES
Si le regret de m’avoir méconnue
Te vient plus tard comme vient le remord,
Ne te dis pas : Qu’est-elle devenue ?
Mon cœur est mort ! mon cœur est mort !
Il faut laisser le passé plein de larmes ;
Mon bel amour dans l’exil s’est terni ;
Puisqu’un tel bien te paraissait sans charmes,
Tout est fini ! tout est fini !
Si quelque jour tu songes en silence
À ce bonheur qu’on t’enviait tout bas,
Dis : « Je voulus cette éternelle absence ! »
Ne reviens pas ! ne reviens pas !
Je ne peux plus me trouver dans ta vie ;
À quoi bon, dis ? tu n’en as pas besoin ;
Ma peine amère est d’une autre suivie :
Le rêve est loin ! le rêve est loin !
J’aurais voulu, partageant tes tristesses,
Prendre ma part plus lourde que ta part ;
Le temps n’est plus de ces folles ivresses :
Il ! est trop tard ! il est trop tard !
J’ai su par toi que tout n’est qu’ironie,
Mon cœur froissé n’a plus battu pour rien ;
Le doute est la, moi-même je me nie :
Le sais-tu bien ? le sais-tu bien ?
Vois-tu, souffrant d’une angoisse trop rude,
Sans que jamais un mot te l’ait redit,
Du fond de l’ombre et de ma solitude,
Je t’ai maudit ! je t’ai maudit !
Pour t’oublier, pour sortir triomphante
D’un long combat dont Dieu seul sait le prix,
Un linceul noir me recouvre vivante :
L’as-tu compris ? l’as-tu compris ?
Loin l’un de l’autre achevons notre route,
Tu me viendras seulement au tombeau ;
Là tu diras sans qu’un témoin t’écoute !
« C’était trop beau ! c’était trop beau ! »
« C’était trop beau, cet amour ineffable,
« Ce dévoûment qui m’était dévolu ;
« Pour l’en punir je me fis implacable ;
« Je l’ai voulu ! je l’ai voulu ! »
Mais d’ici là, dans le bruit et le monde,
Joyeusement, va sans tourner les yeux ;
Plus que le deuil chaque joie est féconde :
Reste joyeux ! reste joyeux !
S’il m’arrivait d’être lasse avant l’heure,
De trop souffrir de mon mal ignoré,
N’y prends pas garde et loin de moi demeure :
Je me tairai ! je me tairai !
C’est vers Dieu seul, qui sait ma défaillance,
Que je crierai, si trop lourd est mon sort,
Et si, malgré ta dure indifférence,
Je t’aime encor ! je t’aime encor !
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Elle l’aimait ! le cœur n’a plus de plaintes,
Lorsqu’il est mort à tout amour humain ;
Mais pour jamais ses peines sont éteintes,
Voyez sa tombe au détour du chemin.
Il est là-bas : une larme échappée,
Du fond de l’âme a passé par ses yeux ;
Puis il a dit : « Elle s’était trompée !… »
— Tous deux s’aimaient : Priez pour tous les deux !
Juillet