Rêves et réalité (1856)

À Mme EUGÉNIE C***

Être belle, être bonne et sainte,
Porter au cœur la double empreinte
Du charme et de la dignité ;
Parfumer l’air de poésie,
Et rendre toute âme saisie
Devant tant de sérénité ;

Sur ses pas répandre la grâce
Comme un flot onduleux qui passe,
Plein de contours harmonieux ;
Faire éclore partout le rêve,
Doux idéal qui nous enlève
Bien loin du monde et près des cieux ;

Inspirer les chants du poëte,
Être le souffle qui lui prête
Ses plus mélodieux accords ;
Consoler d’une voix divine
Celui qui souffre et qui s’incline,
Affaissant l’âme sous le corps ;

Éblouir l’œil, attendrir l’âme,
Être le ciel, être la flamme
Où tout rayonne et s’ennoblit ;
Avoir tous les dons en partage,
Le cœur candide et l’esprit sage,
Prestige que rien ne pâlit ;

Oh ! c’est être prédestinée !
C’est au penseur être donnée
Pour le faire espérer encor,
Et lui rendre la foi céleste
Qu’atteignait le doute funeste,
Mais qui reprend son noble essor.

Combien de fois, désespérée,
Je courus à vous attirée
Par ce charme fascinateur,
Qui jette en souriant un voile
Sur les hontes que nous dévoile,
Hélas ! le monde corrupteur !

Mais dans mon cœur qu’un rien oppresse,
Tout sentiment devient tendresse :
Le fasciner, c’est l’enflammer ;
Aussi, bien vite dans mon âme,
Votre nom rayonna, Madame !
Admirer, pour moi, c’est aimer !

Dimanche, 31 décembre l854

Retour à la table des matières