Rêves et réalité (1856)

À MICHEL-ANGE

SONNET

O sublime inspiré, tête et cœur de poëte,
Sculpteur de la pensée autant que de l’airain,
Peintre de la torture à l’ardente palette,
Triple élu dont s’eflraie et l’œil et le burin ;

O Michel-Angelo ! quelle voix de tempête
Fit éclater enfant le tonnerre en ton sein,
Et vouer aux tourments d’une vie inquiète
Ton puissant idéal dont frémissait ta main ?

O dis ! toujours pensif, toujours seul, toujours sombre,
Quel désenchantement te couvrait de son ombre,
Quel rêve inentrevu bouleversait ton front ?

Quelle fièvre implacable enflammait ton génie
Et livrait ta grande âme aux luttes d’agonie ?
— Oh ! les martyrs de l’art seuls te définiront !…

6 janvier 1855

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