Malvina Blanchecotte : À M. A. de L. – souvenez-vous de moi
Rêves et réalité (1856)
À M. A. de L.
l’homme peut donner de
plus de lui, c’est une larme.
Lorsque de jeunes voix s’essayant sur la lyre,
Font vibrer jusqu’à vous leurs chants nés de vos chants,
Ah ! donnez-leur encore un doux mot, un sourire,
D’un accueil généreux témoignages touchants !
Et si l’une a des pleurs que votre âme devine,
Dont le cri douloureux vous cause plus d’émoi,
Alors, ô Lamartine,
Souvenez-vous de moi !
Le cœur pur de la femme au vôtre se révèle ;
Jouissez de ses bruits, échos mystérieux !
C’est la fleur qui s’entr’ouvre à l’aurore nouvelle,
C’est l’oiseau qui soupire, égaré dans les cieux.
Mais lorsqu’une humble enfant, confidence divine,
Sans art vous dit son âme, et son rêve et sa foi,
Alors, ô Lamartine,
Souvenez-vous de moi !
Oublier est l’instinct de la foule inconstante ;
Mais jamais les grands cœurs ne sauraient oublier
Même un sanglot sorti d’une âme palpitante,
Même un regard tombé sur qui semblait plier.
Ah ! si parfois un front que le regret incline,
Se représente à vous, pâle d’un doux effroi,
Alors, ô Lamartine,
Souvenez-vous de moi !
Juin 1851