Poésies (1827)

Les saisons du nord

When short and scant the sun-beam throws
Upon the weary waste of snows
A cold and profitless regard.
Walter Scott
Ce morne désert de neiges, où le soleil passager laisse
tomber à regret un froid et stérile regard.

Connaissez-vous ces bords qu’arrose la Baltique,
Et dont les souvenirs, aimés du Barde antique,
Ont réveillé la harpe amante des torrents ?
Connaissez-vous ces champs qu’un long hiver assiége,
L’orgueil des noirs sapins que respecte la neige,
Ces rocs couverts de mousse, et ces lacs transparens ?

D’un rapide printemps la fugitive haleine,
Y ranime en passant et les monts et la plaine ;
Un prompt été le suit, et prodigue de feux,
Se hâte de mûrir les trésors qu’il nous donne ;
Car l’hiver menaçant laisse à peine à l’automne,
Le temps de recueillir ses présens savoureux.

Mais ces rares beaux jours, quel charme les décore !
La nuit demi-voilée y ressemble à l’aurore :
Une molle douceur se répand dans les airs ;
Et cette heure rapide où le soleil repose,
Glisse avec le murmure et les parfums de rose
Des bouleaux agités par la brise des mers.

Hâtez-vous de goûter d’éphémères délices ;
L’hiver qui vous poursuit de ses tristes prémices,
D’un givre étincelant a blanchi ces climats :
Bientôt l’onde s’arrête à sa voix redoutable,
Et sur les champs muets que son empire accable
D’une haleine puissante il souffle les frimats.

Mais aux natals plaisirs lui seul offre un théâtre ;
Ses chemins de cristal et ses tapis d’albâtre,
Ouvrent leur blanche arène aux traîneaux triomphans ;
Et malgré ses rigueurs et sa morne durée,
Lui seul prête ses traits à l’image sacrée
Qui grave la patrie au cœur de ses enfans.

Beaux climats du Midi, terres du ciel aimées !
Que sont au fils du Nord vos brises embaumées ?
Les jasmins de Grenade et leurs parfums si doux
Ne pourraient l’arracher à sa mélancolie ;
Sous vos rameaux en fleurs, citronniers d’Italie,
Il rêve un sol de glace et des cieux en courroux.

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