Poésies (1827)

Scènes du passé

Déjà ils se lèvent, déjà ils se raniment ; je revois
mes amis éteints ; ils sont assemblés dans Lora, comme ils
l’étaient dans un autre temps…. O mes amis,
que vous êtes changés !….
Ossian

Verts gazons où fleurit la blanche marguerite,
Ombrage qu’au printemps la violette habite,
      Vallons, bocage, humble sentier,
Dont la mousse reçoit cette pluie argentine,
Qui tombe au gré des vents, du front de l’aubépine
      Ou des rameaux de l’églantier ;

Prés dont mes jeunes pas foulaient l’herbe penchée,
Bosquets d’arbustes verts, où la source cachée
      Jaillit loin des yeux du passant,
Où la brise d’avril, d’une aile printanière,
M’apportait en fuyant à travers la clairière,
      L’odeur du feuillage naissant ;

Bords féconds et chéris, frais et riant théâtre,
Où la lyre à la main ma jeunesse folâtre
      Ouvrit le drame de mes jours,
Parfois quand du sommeil mes nuits sont délaissées,
Votre image s’éveille, et des scènes passées
      Je crois recommencer le cours.

Je revois tour à tour la penchante colline
Dont l’invisible écho, de ma voix enfantine,
      À répété les premiers airs ;
Cet enclos ombragé cher aux plaisirs rustiques,
Et de ceux que j’aimais les ombres fantastiques
      Peuplent encore ses bancs déserts.

Voici la blanche église et l’autel de Marie,
Et tous ces lieux alors chers à ma rêverie,
      Où j’ai chanté, prié, souffert ;
Car mes beaux jours, hélas ! n’étaient pas sans nuage,
Et plus d’un sombre aspect, avec leur douce image,
      À mon souvenir s’est offert.

Pourtant le cœur fidèle à ces jours d’espérance,
De leurs momens de joie et même de souffrance
      Ne veut rien livrer à l’oubli :
Des maux qui ne sont plus l’amertume s’efface,
Et quand la main du temps en adoucit la trace,
      Le malheur est presque embelli.

Ainsi, durant le cours d’un rapide voyage,
Chaque site en fuyant, ou fertile, ou sauvage,
      D’attraits nouveaux semble paré ;
Et les monts qu’au matin on gravit avec peine,
Le soir charment nos yeux, quand la vapeur lointaine
      Y jette son voile azuré.

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