Poésies (1827)

Chant de Sapho au bûcher d’Erinne

Fragment du poème d’érinne
Vous qui passez près de ce monument baigné de larmes,
quand vous descendrez chez Pluton, dites-lui : Dieu de enfers,
que tu es jaloux de la beauté !
Érinne

      Heureuse, ô jeunes Lesbiennes,
      La prêtresse du dieu des vers,
      Dont les vierges Aoniennes,
      Seules, inspirent les concerts.
      Heureuse celle qui sommeille
      Avant le moment où s’éveille
      L’erreur, mère des longs regrets.
      Celle-là meurt digne d’envie,
      Qui laisse après soi dans la vie
      Des chants purs comme ses attraits.

Pleurez, vierges, pleurez la fille de la lyre,
Qui redemande en vain d’un noble et pur délire
Le songe évanoui ;
Celle, pour qui la honte à la gloire est unie,
Qui de tout son bonheur a payé son génie,
Et n’en a point joui ;
Celle qu’atteint l’envie et sa langue mortelle :
Mais ce n’est point Érinne, hélas ! ce n’est pas elle !

      Chaste vierge, nouvelle amante,
      L’hymen réclamait ses appas,
      Et j’ai vu sa tête charmante
      Flétrie au souffle du trépas.
      Brisant ta chaîne commencée,
      De ton sort, belle fiancée,
      Si Pluton se montre jaloux,
      Du moins ton ombre consolée
      Sentira sur le mausolée
      Tomber les pleurs d’un jeune époux.

Celle qu’il faut pleurer, autrefois sans rivale,
À cherché le bonheur à la clarté fatale
De l’amoureux flambeau.
Elle aima sans mesure, et ne fut point aimée.
Du courroux de Vénus, lentement consumée,
Elle marche au tombeau,
Où ne la suivra point une larme fidèle
Non, ce n’est point Érinne, hélas ! ce n’est pas elle.

      Elle a passé comme l’aurore
      Qui fuit au sommet des coteaux,
      Comme la voix triste et sonore
      Du cygne entraîné par les eaux,
      Comme la fleur de Cythérée,
      Quand les heures de la soirée
      Découronnent son front vermeil,
      Ou comme la source argentée,
      Dont l’eau faiblement agitée,
      S’épuise aux rayons du soleil.

Celle qu’il faut pleurer, celle-là souffre encore ;
Mais elle attend son heure, et peut-être l’implore.
Elle a vu dans la nuit,
Sur son lit qu’entouraient de sinistres présages,
Les Muses tristement pencher leurs beaux visages ;
Et quand le jour s’enfuit,
Il sort des flots glacés une voix qui l’appelle.
Non, ce n’est point Erinne, hélas ! ce n’est pas elle.

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