Poésies inédites (1860)

L’enfant au miroir

À Mlle Emilie Bascans

Si j’étais assez grande,
      Je voudrais voir
L’effet de ma guirlande
      Dans le miroir.
En montant sur la chaise,
      Je l’atteindrais ;
Mais sans aide et sans aise,
      Je tomberais.

La dame plus heureuse,
      Sans faire un pas,
Sans quitter sa causeuse,
      De haut en bas,
Dans une glace claire,
      Comme au hasard,
Pour apprendre à se plaire
      Jette un regard.

Ah ! c’est bien incommode
      D’avoir huit ans !
Il faut suivre la mode
      Et perdre un temps !…
Peut-on aimer la ville
      Et les salons !
On s’en va si tranquille
      Dans les vallons !

Quand ma mère qui m’aime
      Et me défend,
Et qui veille elle-même
      Sur son enfant,
M’emporte ou l’on respire
      Les fleurs et l’air,
Si son enfant soupire,
      C’est un éclair !

Les ruisseaux des prairies
      Font des psychés
Où libres et fleuries,
      Les fronts penchés,
Dans l’eau qui se balance,
      Sans nous hausser,
Nous allons en silence
      Nous voir passer.

C’est frais dans le bois sombre,
      Et puis c’est beau
De danser comme une ombre
      Au bord de l’eau !
Les enfants de mon âge,
      Courant toujours,
Devraient tous au village
      Passer leurs jours !

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