Poésies inédites (1860)

Cigale

De l’ardente cigale
      J’eus le destin,
Sa récolte frugale
      Fut mon festin.
Mouillant mon seigle à peine
      D’un peu de lait,
J’ai glané graine à graine
      Mon chapelet.

J’ai chanté comme j’aime
      Rire et douleurs ;
L’oiseau des bois lui-même
      Chante des pleurs ;
Et la sonore flamme,
      Symbole errant,
Prouve bien que toute âme
      Brûle en pleurant.

Puisque amour vit de charmes
      Et de souci,
J’ai donc vécu de larmes,
      De joie aussi,
À présent, que m’importe !
      Faite à souffrir,
Devant, pour être morte,
      Si peu mourir.

La chanteuse penchée
      Cherchait encor
De la moisson fauchée
      Quelque épi d’or,
Quand l’autre moissonneuse,
      Forte en tous lieux,
Emporta la glaneuse
      Chanter aux cieux.

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