Marceline Desbordes-Valmore : Le regard
Élégies, Marie, et romances (1819)
Le regard
Cache-moi ton regard plein d’âme et de tristessse,
Dont la langueur brûlante affaiblit ma raison.
De l’amour qu’il révèle il m’apprendrait l’ivresse :
Pour les infortunés son charme est un poison.
Lèves-tu sur mes yeux ta paupière tremblante,
C’est le ciel qui s’entr’ouvre et sourit au malheur.
C’est un rayon divin ! une étoile brillante,
Qui perce la nuit sombre où gémissait mon cœur.
Oui, la douleur s’envole, et mon âme ravie
Suit la douce clarté qui ne peut m’éblouir.
Éviter ton regard, c’est repousser la vie !
Attache-le sur moi !…. je ne puis plus le fuir.