Élégies, Marie, et romances (1819)

La pastourelle

  Elle s’en va, la douce Pastourelle ;
  Elle retourne où l’attend le bonheur.
« Je ne vis plus !…. faut m’en aller, dit-elle ;
  Faut m’en aller où j’ai laissé mon cœur.

« Un beau pasteur me le retint pour gage ;
  On veut un gage en perdant le bonheur :
  M’en vas chercher le gardien et l’ôtage ;
  Me faut mourir ou retrouver mon cœur ».

  Racontez-nous, Pastourelle naïve,
  Votre aventure et celle du Pasteur.
« Non, non, dit-elle, avec sa voix plaintive ;
  Ne parlerai qu’en retrouvant mon cœur !

« Sur cette rive où je suis étrangère,
  On m’obligeait à chanter le bonheur.
  Bonheur perdu rend la voix moins légère,
  N’ai jamais su chanter qu’avec mon cœur.

« Tous les matins, ainsi que l’alouette,
  Ne m’éveillais qu’en chantant le bonheur ;
  Puis du Pasteur j’écoutais la musette,
  Et je trouvais un écho pour mon cœur !

  Nous faut rester où l’âme est asservie.
  Tout est si bien avec mon beau Pasteur !
  Il me rendra mon bien, ma voix…. ma vie !
  Et sur son cœur retrouverai mon cœur. »

  Espoir vous guide en ce pélérinage !
  Ne pleurez plus, son terme est le bonheur.
  L’Amour sourit, l’Amour est du voyage :
  Il ira vite, il cherche votre cœur !

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