Élégies, Marie, et romances (1819)

À la nuit

Douce Nuit, ton charme paisible
Du malheureux suspend les pleurs.
      Nul mortel n’est insensible
À tes bienfaisantes erreurs.
      Souvent dans un cœur rebelle
      Tu fais naître les désirs ;
      Et l’amour tendre et fidèle
      Te doit ses plus doux plaisirs.

Tu sais par un riant mensonge
Calmer un amant agité,
      Et le consoler en songe,
D’une triste réalité.
      O Nuit ! pour la douleur sombre,
      Et pour le plaisir d’amour,
      On doit préférer ton ombre
      À l’éclat du plus beau jour.

Comme dans le sein d’une amie
On aime à verser sa douleur,
      C’est à toi que je confie
Les premiers soupirs de mon coeur.
      Cache-moi, s’il est possible,
      L’objet de mon tendre effroi !….
      Comme moi s’il est sensible,
      Qu’il soit discret comme toi !

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