Élégies, Marie, et romances (1819)

L’IMPRUDENCE

    Comme une fleur, méchamment effeuillée,
Pâlit, tombe et s’efface une brillante erreur.
    Ivre de toi, je rêvais le bonheur,
      Je rêvais !…. tu m’as éveillée !
    Que ce réveil va me coûter de pleurs !
Dans le sein de l’Amour pourrai-je les répandre ?
Il m’enchaînait à toi par des liens de fleurs ;
      Tu me forces à les lui rendre.
Un seul mot à nos yeux découvre l’avenir ;
Un reproche souvent attriste l’espérance…..
Hélas ! s’il faut rougir d’une tendre imprudence,
Toi, qui la partageas, devais-tu m’en punir ?
Loin de moi, va chercher un plus doux esclavage.
Va ! j’ai voulu, peut-être, assurer ton bonheur :
Eh bien ! pour t’en venger, tu m’as rendu mon cœur,
Et tu me l’as rendu brûlant de ton image !
    Je le reprends ce cœur blessé par toi ;
Ne me reproche plus ma folle imprévoyance ;
      Je lui dois ton indifférence,
Que te faut-il encor pour te venger de moi ?

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