Marie Krysinska : Nature morte
Rythmes pittoresques
NATURE MORTE
Un boudoir cossu :
Les meubles, les tentures et les œuvres d’art, on la
banalité requise.
Et la lampe — soleil à gage — éclaire les deux
amants.
Elle est teinte en blonde, car Il n’aime que les
blondes.
Lui, a les cheveux de la même nuance que son
complet très à la mode
Par la fenêtre ouverte on voit un ciel bleu comme
une flamme de soufre.
Et la lune, radieuse en ces voiles, flotte vers de
fulgurants hymens.
Ayant achevé de lire le cours authentique de la
Bourse, Il allume un cigare cher — et songe :
« C’est une heure agréable de la journée, celle où
l’on SACRIFIE À L’AMOUR. »
Ils se sont rapprochés et causent
DE L’ÉGOÏSME À DEUX, DES AMES SŒURS…
Lui, bâillant un peu
Elle tâchant à éviter la cendre du cigare.
Par la fenêtre ouverte on voit un ciel bleu comme
une flame de soufre
Et les arbres bercés de nuptials caresses
Lui, ayant fini son cigare, se penche pour donner
un baiser à celle
Qu’au club il appelle « sa maîtresse »
Il se penche pour lui donner un baiser — tout en
rêvant :
« Pourvu que la Banque Ottomane ne baisse pas ! »
Elle, offre ses lèvres pensant à ses fournisseurs
Et leur baiser sonne comme le choc de deux verres
vides.
Par la fenêtre ouverte on voit un ciel bleu comme
un flamme de soufre
Et les oiseaux veilleurs chantent l’immortel Amour
Tandis que de le terre monte une vapeur d’encens
Et des parfumes d’Extase.
— Si nous fermions — disent-ils — cette fenêtre qui
gêne NOTRE EXTASE ?