Rythmes pittoresques

BALLADE

À Georges Bellenger.

I

      Dans le parfum des violettes, des roses, et des
acacias — ils se sont un matin rencontrés.
      Auprès de son corsage entr’ouvert, dormaient des
roses moins douces que sa gorge — et ses yeux qui
semblaient deux noires violettes embaumaient comme
le printemps.
      Le soleil poudrait d’or ses cheveux blonds ; —
      Lui, regardait ses yeux qui semblaient deux noires
violettes.

      Rapides sont les heures d’amour.
      Un soir, sous les étoiles, elle lui dit : — Je suis à
toi pour jamais.
      Et les étoiles les ont fiancés ; — les étoiles
moqueuses et froides.
      Dans le parfum des violettes, des roses et des
acacias.

      Rapides sont les heures d’amour.

      Un jour il est parti, comme les petites fleurs
d’acacias neigeaient —
      Mettant sur le gazon désolé, de grandes taches
blanches pareilles à des linceuls
      Où le papillon venait agoniser.

II

      Est-il donc des parfums qui tuent ?
      Une fois seulement il respira la fleur ténébreuse
de ses cheveux.
      Une fois seulement,
      Et il oublia l’enfant blonde qu’il avait un matin
rencontrée,
      Dans le parfum des violettes, des roses et des
acacias.

      O les nuits irréelles, les merveilleuses nuits !
      Les caresses mortellement enivrantes,
      Les baisers qui ont le goût de Rêve.
      Et les alanguissements plus doux que la volupté.
      O les nuits irréelles, les merveilleuses nuits !

      Un musc atténué hantait son alcôve.
      Est-il donc parfums qui tuent ?

      Elle disait : — Je n’aimerai que toi — la traîtresse.
      Et son corps inoubliable avait des mouvements
de bel animal dompté.
      De bel et dangereux animal — dompté.

      Un jour il trouva des lèvres muettes et boudeuses.
      O mais toujours ayant ce même goût du Rêve —
mortellement enivrant.
      Des lèvres cruelles et muettes comme les roses
parfumées, qui attirent et ne rendent pas les baisers.

      C’est en vain qu’il pleura plus qu’au jour où sa
mère dans le tombeau s’était couchée.
      Les yeux de la bien-aimée avaient des regards
plus froids que les marbres des mausolées.
      Et ses lèvres, ses lèvres si chères, restaient
muettes comme les roses.

      Est-il donc parfums qui tuent ?

      Le bel et dangereux animal qu’il croyait dompté,
avait en jouant mangé son cœur.
      Alors, il maudit l’azur du ciel et les étoiles
scintillantes.
      Il maudit l’immuable clarté de la lune, le chant des
oiseaux.
      Et le feuillage qui chuchote mystérieusement et
perfidement quand approche la nuit apaisante.

III

      Mais, le cœur de l’homme est oublieux et infidèle.
      Et, maudire est bien triste alors que renaît la saison
des jeunes calices,
      Et des brises tendres comme des baisers.

      Il se souvint de l’enfant blonde qui lui avait dit un
soir sous les étoiles : — Je suis à toi pour jamais.
      Et il revint.

      Mais elle était allée dormir au cimetière,
      Dans le parfum des violettes, des roses et des
acacias.

25 novembre 1882

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