Malvina Blanchecotte : Jamais !
Rêves et réalité (1856)
JAMAIS !
Jamais ! j’ai dit : Jamais ! c’est bien assez d’épreuves !
J’échappe au monde et vais parmi les âmes veuves
Chercher Dieu, qui reçoit le cœur désespéré :
Je veux trouver la paix, et je la trouverai.
Je ferme ma pensée où trop de fièvre monte ;
Plus forte que mon mal, à la fin je le dompte.
C’est trop donner de prix à ces jours insensés,
Dont nul ne peut répondre, et toujours menacés ;
C’est trop donner de poids à cette farce humaine,
Où c’est le plus pervers, le plus brutal qui mène ;
Dans l’abîme sans fond c’est trop longtemps chercher ;
Il faut voir de plus haut sur son propre bûcher !
Il faut déraciner son cœur de sa poitrine,
En arracher l’espoir trompeur et qui le mine,
Qui le fait tressaillir pour le mieux décevoir,
Le mieux déposséder de son propre pouvoir.
Il faut étouffer tout et, quoique l’âme gronde,
Se survivre bien seul, bien au delà du monde.
Tout me semble d’en haut puéril désormais.
Laissez-moi mon repos ! — Jamais ! j’ai dit : Jamais !
4 juillet