Rêves et réalité (1856)

BANISHMENT

Fermossi et fin il cor’che balzbò tanto.
Here I will not, cannot stay…

C’en est fait, c’en est fait, le sacrifice est proche !
Sous les cieux étrangers j’errerai désormais ;
Et mon cœur indomptable et fier et sans reproche,
Se pliera sous l’angoisse, exilé pour jamais !

La brise qui viendra bruire à mon front pâle
Ne sera plus ta brise ailée, ô mon pays !
Les flots qui près de moi rouleront leur rafale,
Ne seront plus tes flots transparents et polis.

O les blonds horizons de ma patrie aimée,
O radieuses nuits, ô jours pleins de soleil,
O sites enchanteurs dont la vue est charmée,
Vous aurez disparu comme un songe au réveil !

Plus d’aspects préférés chers à ma rêverie,
Mais l’abandon, l’exil, le désert, l’inconnu !
Plus d’amis, de parents, plus d’arts ni de patrie,
Partout la solitude, hôte déjà venu !

Pas une main tendue à ma main délaissée,
Pas un mot rappelant mon doux parler natal,
Rien que les durs accents d’une langue glacée,
Résonnant parmi l’air comme un bruit de métal.

Indifférente à tous, en tous lieux étrangère,
Nul ne s’informera de ce que fut mon sort ;
Et quand Dieu reprendra ma dépouille légère,
Nul ne plaindra d’un nom mon cadavre de mort.

Et de ceux qui, leurrant mon âme désolée,
Ont déserté ma route avant l’heure d’adieu,
Nul ne se souviendra de la pauvre exilée,
Nul ne la pleurera : je n’emporte aucun vœu !

Vous seul me resterez, ô Dieu plein de mystères !
Mon cœur a consommé tout sacrifice humain.
Vous seul recueillerez mes larmes solitaires,
Et parmi les douleurs me fraierez un chemin.

24 mars 1855

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