Rêves et réalité (1856)

À LA MUSE

I love you forever.

Je ne vous renierai jamais, Muse chérie !
Vous qui m’avez bercée et consolée enfant,
Qui m’avez tenu lieu de mère et de patrie,
J’irai sur votre cœur pour y rêver souvent.

Bien d’autres m’ont laissée au milieu de la vie,
Bien d’autres ont brisé des liens adorés ;
Mais jamais, ô ma soeur ! vous ne m’avez trahie,
Vous étiez là sans cesse aux jours désespérés.

Je ne veux rien savoir des amours de la terre.
Ceux que j’ai tant aimés m’ont appris l’abandon :
Mais vous, ange gardien de mon coeur solitaire,
Vous m’avez enseigné la force et le pardon !

Oui, le divin pardon pour les dures offenses,
La résignation qui scelle la douleur,
Et qui met le sourire à côté des souffrances,
Comme au bord de l’abîme une céleste fleur.

Quand je m’abandonnais à ma folle chimère,
Vous me suiviez de loin priant pour votre enfant ;
Et quand j’ai rencontré l’expérience amère,
Vous m’avez par la main ramenée en pleurant.

Ah ! laissons loin de nous les heures de détresse !
Le souvenir est mort dans mon coeur dévasté ;
Que tout nom s’en efface et que rien ne l’oppresse :
« Ce qui n’est plus pour l’homme a-t-il jamais été ? »

À présent qu’inconnue et rivée à ma chaîne,
Je traîne obscurément le poids de mon passé,
Je sens voire regard rayonner sur ma peine,
Comme un peu de soleil sur mon rêve effacé.

8 juillet 1855

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