Poésies inédites (1881)

Doute

C’est égal, le souci me dévore et l’ennui
Me ronge. Tout m’accable à la fois, tout m’effraie.
Qui parle m’a blessée, et qui se tait m’a nui,
Car mon cœur délirant sent se creuser sa plaie.

Sur mes yeux las, l’aurore après l’étoile a lui ;
L’oiseau suspend son nid et chante dans la haie ;
La fleur s’ouvre : rayon, chant, parfum, rien n’est lui,
Et rien ne peut tromper cette larme trop vraie.

Oh ! ce soupçon n’est pas de ceux qu’on peut calmer,
Je suis vaincue ; Amour, il nous faut désarmer.
Peut-être est-ce ma faute et suis-je devenue

Autre que je n’étais quand il a cru m’aimer ?
Et ne me dites plus que c’est trop m’alarmer ;
J’attendais une lettre, elle n’est pas venue !

Les Ormes, août 186…

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