{"id":6130,"date":"2017-07-25T16:08:28","date_gmt":"2017-07-25T20:08:28","guid":{"rendered":"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/?page_id=6130"},"modified":"2018-05-07T16:47:59","modified_gmt":"2018-05-07T20:47:59","slug":"amable-tastu-shakspeare","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/tastu\/works-10\/amable-tastu-shakspeare\/","title":{"rendered":"Amable Tastu : Shakspeare"},"content":{"rendered":"<div id=\"poem\" align=\"center\">\n<p class=\"volume-name\" style=\"text-align: center\"><em>Po\u00e9sies<\/em> (1827)<\/p>\n<h4 class=\"poem-title\" style=\"text-align: center\">Shakspeare<\/h4>\n<h6 class=\"poem-title\" style=\"text-align: center\">\u00c0 madame louise sw.-belloc<\/h6>\n<div id=\"center_block\">\n<div class=\"epigraph\">&#8230; Nature might stand up<br \/>\nAnd say to all the world : This was a man !<br \/>\n<span class=\"epigraph-author\">Shakspeare<\/span><br \/>\n&nbsp; &nbsp; &nbsp;<br \/>\nLa nature pouvait se lever, et dire au monde entier :<br \/>\nC&#8217;\u00e9tait un homme !<\/div>\n<p>Telle, aux regards surpris d\u2019un jeune passager,<br \/>\nJet\u00e9 par le hasard sous un ciel \u00e9tranger,<br \/>\nO\u00f9 d\u2019un monde inconnu l\u2019aspect nouveau commence,<br \/>\nAppara\u00eet tout-\u00e0-coup la cataracte immense.<br \/>\nVaste et profond torrent, le fleuve imp\u00e9tueux<br \/>\nPr\u00e9cipite des monts ses flots tumultueux ;<br \/>\nDes arbres, des rochers, des fleurs de ses rivages<br \/>\nIl refl\u00e8te en passant les fuyantes images :<br \/>\nL\u00e0, dans le gouffre \u00e9mu d\u2019un formidable bruit,<br \/>\nIl s\u2019engloutit couvert d\u2019une \u00e9ternelle nuit,<br \/>\nLaissant \u00e0 peine \u00e0 l\u2019\u0153il qui le poursuit dans l\u2019ombre<br \/>\nMesurer la hauteur de sa colonne sombre ;<br \/>\nEt plus loin, la cascade aux caprices des vents,<br \/>\nAux rayons du soleil, livrant ses plis mouvans,<br \/>\nComme un voile argent\u00e9 se d\u00e9ploie avec gr\u00e2ce ;<br \/>\nUn millier d\u2019arcs-en-ciel se joue \u00e0 sa surface ;<br \/>\nEt l\u2019onde, aux feux du jour lan\u00e7ant des feux pareils,<br \/>\nScintille, divis\u00e9e en globules vermeils ;<br \/>\nMais en touchant le but de sa chute rapide,<br \/>\nCe n\u2019est plus qu\u2019un brouillard, dont l\u2019\u00e9paisseur humide<br \/>\nPr\u00e9sente aux yeux tromp\u00e9s par la blanche vapeur<br \/>\nCes spectres, vains enfans de l\u2019ombre et de la peur.<br \/>\nLe voyageur, qu\u2019\u00e9meut ce spectacle sublime,<br \/>\nDemande-t-il au fleuve entra\u00een\u00e9 vers l\u2019ab\u00eeme,<br \/>\nAlors qu\u2019il le contemple immobile et surpris,<br \/>\nS\u2019il roule dans ses flots quelques fangeux d\u00e9bris ?<br \/>\nNon, il suit dans son cours l\u2019imposant ph\u00e9nom\u00e8ne ;<br \/>\nDe beaut\u00e9s en beaut\u00e9s son regard se prom\u00e8ne,<br \/>\nEt sans m\u00eame opposer \u00e0 ses flots \u00e9ternels<br \/>\nLes flots purs et f\u00e9conds des fleuves paternels,<br \/>\nD\u2019une pompe inconnue \u00e0 son natal rivage<br \/>\nIl admire long-temps la majest\u00e9 sauvage !<br \/>\nTelle, sous mille aspects fid\u00e8les et divers,<br \/>\nRefl\u00e9tant les tableaux d\u2019un magique univers,<br \/>\nTelle du barde anglais m\u2019apparut l\u2019harmonie<br \/>\nAlors que par degr\u00e9s j\u2019entrevis son g\u00e9nie.<br \/>\nDe ces fils immortels que sous des traits humains<br \/>\nIl a laiss\u00e9, vivans, s\u2019\u00e9chapper de ses mains,<br \/>\nIl semble que nos yeux aient connu le visage,<br \/>\nTant la m\u00e9moire est prompte \u00e0 garder leur image !<br \/>\n\u00c0 son gr\u00e9, ces r\u00e9cits, vaine ombre du pass\u00e9,<br \/>\nS\u2019animent ; et semblable, en son vol cadenc\u00e9,<br \/>\nAu coursier merveilleux dont l\u2019aile vagabonde<br \/>\nEmportait d\u2019un seul bond Astolphe au bout du monde,<br \/>\nDans son \u00e9lan sublime il \u00e9chappe aux regards,<br \/>\nEt de l\u2019antique Rome il touche les remparts.<\/p>\n<p>Tremble, C\u00e9sar ! La nuit en prodiges f\u00e9conde<br \/>\nEn vain en ta faveur semble \u00e9branler le monde,<br \/>\nElle n\u2019\u00e9branle point ces c\u0153urs audacieux<br \/>\nQui cherchent en eux seuls la volont\u00e9 des Dieux.<br \/>\nDans cette nuit terrible, \u00e0 mes yeux se pr\u00e9sente<br \/>\nDu second des Brutus la figure imposante.<br \/>\nBrutus ! \u00e2me de Rome, honneur de tes a\u00efeux,<br \/>\nQuel dessein redoutable est \u00e9crit dans tes yeux ?<br \/>\nEst-ce pour \u00e9chapper \u00e0 des pensers fun\u00e8bres<br \/>\nQue tes pas agit\u00e9s errent dans les t\u00e9n\u00e8bres ?<br \/>\nFuis-tu de ton pays l\u2019imp\u00e9rieuse voix ?<br \/>\nOu, tout pr\u00e8s d\u2019accomplir ses rigoureuses lois,<br \/>\nAux regards p\u00e9n\u00e9trants d\u2019une \u00e9pouse fid\u00e8le<br \/>\nCrains-tu de te trahir ?&#8230; \u00c9coutons !&#8230; il appelle&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">BRUTUS.<\/p>\n<p>Esclave ! Lucius !&#8230; Il dort profond\u00e9ment !<br \/>\nEh bien, de cette paix go\u00fbte l\u2019enchantement !<br \/>\nJe ne troublerai point, quelqu\u2019ennui qui me presse,<br \/>\nDe ton jeune sommeil la salutaire ivresse :<br \/>\nNos r\u00eaves inquiets, nos projets soucieux,<br \/>\nN\u2019\u00e9cartent point encor ses douceurs de tes yeux,<br \/>\nEt de fant\u00f4mes vains ton sein n\u2019est point l\u2019asile :<br \/>\nAussi ta vie est calme et ton repos facile ;<br \/>\nTu peux dormir !&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">PORCIA entre.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Seigneur !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">BRUTUS.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span id=\"indent\">Porcia, vous ici ?<\/span><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019air froid du matin, par la brume \u00e9paissi,<br \/>\nVotre sexe doit-il exposer sa faiblesse ?<br \/>\nRentrez&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">PORCIA.<\/p>\n<p><span id=\"indent\">N\u2019esp\u00e9rez point, Brutus, que je vous laisse<\/span><br \/>\nVous livrer sans rel\u00e2che au chagrin qui vous suit ;<br \/>\nJe le vois, de mon lit il vous chasse la nuit ;<br \/>\nLe jour, il vous contraint d\u2019abandonner la table ;<br \/>\n\u00c0 toute heure, en tout lieu, sans cesse il vous accable ;<br \/>\nDe vos sombres pensers si j\u2019interromps le cours,<br \/>\nSoudain vous imposez un frein \u00e0 mes discours,<br \/>\nEt d\u2019un geste irrit\u00e9 m\u2019ordonnez le silence.<br \/>\nJe me tais ; cependant ma triste vigilance,<br \/>\n\u00c9piant vos secrets dans vos yeux obscurcis,<br \/>\nSans les interroger partage vos soucis ;<br \/>\nC\u2019est en vain que le jour ou commence ou s\u2019ach\u00e8ve,<br \/>\n\u00c0 votre sombre humeur je ne vois point de tr\u00eave ;<br \/>\nEt si vos traits comme elle \u00e9taient chang\u00e9s, Brutus,<br \/>\nMes regards afflig\u00e9s ne vous conna\u00eetraient plus.<br \/>\nQu\u2019avez-vous ?&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">BRUTUS.<\/p>\n<p><span id=\"indent\">Moi ? je souffre ; un mal secret m\u2019obs\u00e8de.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\">PORCIA.<\/p>\n<p>On vous verrait alors en chercher le rem\u00e8de,<br \/>\nVous ne le faites point.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">BRUTUS.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span id=\"indent\">Demeurez sans effroi.<\/span><\/p>\n<p>Rentrez, ma Porcia, rentrez et laissez-moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">PORCIA.<\/p>\n<p>Vous malade !&#8230; Et je vois votre t\u00e8te expos\u00e9e<br \/>\nAux brouillards malfaisans, \u00e0 l\u2019humide ros\u00e9e !<br \/>\nVous malade, Brutus, quand vous bravez sans peur,<br \/>\nLe corps demi-v\u00eatu, cette impure vapeur !<br \/>\nNon, non, je le vois trop, le mal est dans votre \u00e2me,<br \/>\nUne part m\u2019en est due et mon c\u0153ur la r\u00e9clame ;<br \/>\nDonnez, donnez-la-moi ; pour l\u2019obtenir de vous<br \/>\nJe saurai, s\u2019il le faut, l\u2019implorer \u00e0 genoux.<br \/>\nAu nom de ma beaut\u00e9 que vantait l\u2019Italie,<br \/>\nAu nom de vos sermens, de ce v\u0153u qui nous lie,<br \/>\nDe mes titres sacr\u00e9s, de ma tendre amiti\u00e9,<br \/>\nSi ce n\u2019est par amour, parlez-moi par piti\u00e9 ;<br \/>\nR\u00e9v\u00e9lez vos secrets \u00e0 celle qui vous aime,<br \/>\nParlez, que craignez-vous ? c\u2019est un autre vous-m\u00eame.<br \/>\nQuels sont ceux qui chez vous ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 sans bruit ?<br \/>\nIls semblaient redouter l\u2019\u0153il m\u00eame de la nuit,<br \/>\nEt de sombres manteaux me cachaient leur visage !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">BRUITS.<\/p>\n<p>De gr\u00e2ce, levez-vous, cessez un tel langage.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">PORCIA.<\/p>\n<p>Eh ! pourquoi me forcer vous-m\u00eame \u00e0 l\u2019employer ?<br \/>\nDevrais-je \u00eatre, Brutus, r\u00e9duite \u00e0 vous prier ?<br \/>\nSi le sort \u00e0 la v\u00f4tre a joint ma destin\u00e9e,<br \/>\nAu plaisir de vos yeux il ne l&#8217;a point born\u00e9e ;<br \/>\nOu mon partage est-il en ce commun lien,<br \/>\nDe soutenir parfois un frivole entretien,<br \/>\nD\u2019\u00e9gayer vos repas, d\u2019embellir votre couche ?<br \/>\nDois-je enfin, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 tout ce qui le touche,<br \/>\nDe Brutus seulement amuser les loisirs ?<br \/>\nS\u2019il ne me veut donner de part qu\u2019\u00e0 ses plaisirs,<br \/>\nS\u2019il ne m\u2019ouvre ses bras qu\u2019en me fermant son \u00e2me,<br \/>\nJe suis sa concubine et ne suis point sa femme !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">BRUTUS.<\/p>\n<p>Vous \u00eates, Porcia, le premier de mes biens.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">PORCIA.<\/p>\n<p>Pourquoi donc vos secrets ne sont-ils pas les miens ?<br \/>\nVotre prudence est-elle \u00e0 ce point alarm\u00e9e ?&#8230;<br \/>\nJe suis femme il est vrai, mais cette femme aim\u00e9e<br \/>\nQue le noble Brutus honora de son nom,<br \/>\nJe suis femme il est vrai, mais fille de Caton !<br \/>\nM\u2019osez-vous soup\u00e7onner d\u2019un courage vulgaire,<br \/>\nFemme d\u2019un tel \u00e9poux et fille d\u2019un tel p\u00e8re ?<br \/>\nUn fer tranchant qu\u2019ici j\u2019enfon\u00e7ai de mes mains<br \/>\nEst garant de ma force \u00e0 garder vos desseins :<br \/>\nSi j\u2019ai, sans le trahir par un l\u00e2che murmure,<br \/>\nCach\u00e9, dix jours entiers, ce fer dans ma blessure,<br \/>\nDouterez vous encor, Brutus, me croirez-vous<br \/>\nIndigne de porter les secrets d\u2019un \u00e9poux ?&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">BRUTUS.<\/p>\n<p>Vous ?&#8230; Dieux qui l\u2019entendez, rendez-moi digne d\u2019elle !<br \/>\nOui, noble Porcia, bient\u00f4t ton sein fid\u00e8le<br \/>\nDe ces tristes secrets va partager le poids ;<br \/>\nApprends donc&#8230; Mais quel est ce bruit confus de voix ?<br \/>\nOn vient, accorde-moi quelques momens encore,<br \/>\nRentre, tu sauras tout !&#8230;<br \/>\n&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">***<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span id=\"indent\">Ce secret qu\u2019elle implore<\/span><\/p>\n<p>Sera trop t\u00f4t connu. Voyez ces fiers Romains,<br \/>\nLe fer lib\u00e9rateur \u00e9tincelle en leurs mains.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 du coup mortel la victime frapp\u00e9e<br \/>\n\u00c0 baign\u00e9 de son sang le marbre de Pomp\u00e9e ;<br \/>\nBient\u00f4t de cette mort la sinistre rumeur<br \/>\nSoul\u00e8ve au sein de Rome une longue clameur,<br \/>\nUn trouble sans objet y fermente ; la foule<br \/>\nMurmure, puis se tait, s\u2019assemble, puis s\u2019\u00e9coule ;<br \/>\nElle implore la voix qui la doit r\u00e9unir<br \/>\nPour apprendre s\u2019il faut approuver ou punir.<br \/>\nTel l\u2019incendie attend, dans sa naissante rage,<br \/>\nQue l\u2019onde ou que le vent l\u2019\u00e9teigne ou le propage.<br \/>\nBravez, fiers conjur\u00e9s, ces flots tumultueux ;<br \/>\nLe poignard \u00e0 la main, paraissez devant eux ;<br \/>\nDe ce peuple ind\u00e9cis ne craignez point d\u2019outrage,<br \/>\nVos discours, par degr\u00e9s, vont dissiper l\u2019orage ;<br \/>\nPartagez entre vous ces groupes dispers\u00e9s :<br \/>\nAutour de Cassius quelques-uns sont press\u00e9s ;<br \/>\nPour entendre Brutus, tout le reste s\u2019\u00e9lance,<br \/>\nIl monte \u00e0 la tribune, il est mont\u00e9 ; silence !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">BRUTUS.<\/p>\n<p>Amis ! concitoyens ! je vous dois compte \u00e0 tous,<br \/>\nEt j\u2019apporte sans peur ma cause devant vous ;<br \/>\nRomains ! vous me croirez, il y va de ma gloire ;<br \/>\nMais songez \u00e0 ma vie, avant que de me croire.<br \/>\nS\u2019il reste un ami tendre \u00e0 C\u00e9sar qui n\u2019est plus,<br \/>\nCelui-l\u00e0 l\u2019aimait moins que ne l\u2019aima Brutus !<br \/>\nIl n\u2019est aucun de vous qui plus que moi l\u2019honore ;<br \/>\nMais si j\u2019aimais C\u00e9sar, j\u2019aimais mieux Rome encore :<br \/>\nIl m\u2019a fallu choisir, car tel \u00e9tait son sort,<br \/>\nAvec C\u00e9sar, esclave, ou libre, par sa mort.<br \/>\nJe l\u2019ai dit cependant, C\u00e9sar fut un grand homme !<br \/>\nIl \u00e9tait mon ami, mais le tyran de Rome ;<br \/>\nJ\u2019ai d\u00fb de ses hauts faits louer le conqu\u00e9rant ;<br \/>\nJe regrette l\u2019ami, j\u2019ai frapp\u00e9 le tyran !<br \/>\nS\u2019il est un c\u0153ur servile et fait pour l\u2019esclavage,<br \/>\nLui seul a droit ici de bl\u00e2mer ce langage ;<br \/>\nQu\u2019il m\u2019accuse, il le peut, lui seul est offens\u00e9.<br \/>\nDu nombre des Romains s\u2019il veut \u00eatre effac\u00e9,<br \/>\nQu\u2019il sorte de vos rangs, qu\u2019il se montre et s\u2019\u00e9crie :<br \/>\nQue seul il pr\u00e9f\u00e9rait un homme \u00e0 la patrie !<br \/>\nJ\u2019attends une r\u00e9ponse&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">PLUSIEURS CITOYENS.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">&nbsp; &nbsp; Aucun, Brutus, aucun !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">BRUTUS.<\/p>\n<p>J\u2019ai donc fait mon devoir ; tel est l\u2019avis commun.<br \/>\nMais accuser C\u00e9sar n\u2019est point ici mon r\u00f4le ;<br \/>\nLes motifs de sa mort, inscrits au Capitole,<br \/>\nSans nier sa grandeur, sans aggraver ses torts,<br \/>\nVous instruiront, amis, du but de nos efforts.<br \/>\nMais voici sa d\u00e9pouille, Antoine la devance ;<br \/>\n\u00c0 la t\u00eate du deuil, Antoine qui s\u2019avance,<br \/>\nRecueillera pourtant les fruits de ce tr\u00e9pas !<br \/>\nQue dis-je, et qui de vous n\u2019en recueillera pas !<br \/>\nUn seul mot et j\u2019ai dit : si quelque jour un homme<br \/>\nJugeait ma propre mort utile au bien de Rome,<br \/>\nSur moi qu\u2019\u00e0 l\u2019instant m\u00eame il l\u00e8ve ce poignard,<br \/>\nEt qu\u2019il me tue, ainsi que j\u2019ai tu\u00e9 C\u00e9sar.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">TOUS LES CITOYENS.<\/p>\n<p>Vivez, Brutus, vivez !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">QUELQUES-UNS.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">&nbsp; &nbsp; Mort \u00e0 qui veut un ma\u00eetre !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">UN CITOYEN.<\/p>\n<p>Brutus, le seul Brutus \u00e9tait digne de l\u2019\u00eatre !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">UN AUTRE.<\/p>\n<p>Eh ! quel prix \u00e0 nos yeux n\u2019a-t-il pas m\u00e9rit\u00e9 !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">UN AUTRE.<\/p>\n<p>Qu\u2019il soit \u00e0 sa demeure en triomphe port\u00e9 !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">UN AUTRE.<\/p>\n<p>Que, redit mille fois, son nom frappe la nue !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">UN AUTRE.<\/p>\n<p>Qu\u2019aupr\u00e8s de ses a\u00efeux s\u2019\u00e9l\u00e8ve sa statue&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">LE PREMIER CITOYEN.<\/p>\n<p>Oui, qu\u2019il soit fait C\u00e9sar !&#8230;<br \/>\n&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">***<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">&nbsp; &nbsp; Brutus, les entends-tu ?<\/p>\n<p>Sont-ce l\u00e0 ces Romains que r\u00eavait ta vertu ?<br \/>\nIls f\u00eatent du tyran la puissance bannie,<br \/>\nEt pour prix de sa mort t\u2019offrent sa tyrannie !<br \/>\nFaut-il s\u2019en \u00e9tonner ? Non ; si tu t\u2019es flatt\u00e9<br \/>\nQu\u2019ils entendraient encor le nom de libert\u00e9,<br \/>\nTu t\u2019abusais ; ce don inutile et sublime<br \/>\nT\u2019a conquis leur faveur et non pas leur essaie :<br \/>\nAinsi, d\u00e9senchant\u00e9, sans en \u00eatre compris,<br \/>\nDomine quelque temps ces mobiles esprits ;<br \/>\nMais tournant contre toi l\u2019arme de la parole,<br \/>\nAntoine va r\u00e9gner ; et ce peuple frivole,<br \/>\nAccueillant de C\u00e9sar le souvenir banni,<br \/>\nTe maudira peut-\u00eatre autant qu\u2019il t\u2019a b\u00e9ni.<br \/>\nMalheur \u00e0 toi ! dou\u00e9 de ce souffle \u00e9ph\u00e9m\u00e8re<br \/>\nQui soul\u00e8ve \u00e0 son gr\u00e9 la vague populaire,<br \/>\nTu crois la gouverner ; mais plut\u00f4t que d\u2019asseoir<br \/>\nSur sa base flottante un durable pouvoir,<br \/>\nTu graveras sur l\u2019onde ou le sable mobile<br \/>\nDe tes pensers profonds l\u2019empreinte ind\u00e9l\u00e9bile,<br \/>\nSans que le flot l\u2019entra\u00eene en ses sillons mouvans<br \/>\nOu que le sable fuie au caprice des vents.<br \/>\n&nbsp; &nbsp;<br \/>\n&nbsp; &nbsp;<br \/>\nMais la sc\u00e8ne a chang\u00e9 ; c\u2019est encor l\u2019Italie.<br \/>\nSous la trace des ans \u00e9nerv\u00e9e, amollie,<br \/>\nElle a gard\u00e9 du moins, \u00e0 travers ses douleurs,<br \/>\nSes v\u00eatemens de f\u00eate aux brillantes couleurs !<br \/>\nO nuit ! que sur ces bords ton ombre a de d\u00e9lices !<br \/>\nQue de fleurs \u00e0 ton souffle entr\u2019ouvrent leurs calices !<br \/>\nQuel parfum enrichit cet air d\u00e9j\u00e0 si pur !<br \/>\nQuel \u00e9clat dans ces feux qui peuplent ton azur !<br \/>\nMais tes astres jaloux, devant l\u2019aube naissante,<br \/>\nOnt voil\u00e9 de d\u00e9pit leur face p\u00e2lissante,<br \/>\nEt de ton noir manteau, d\u00e9gag\u00e9e \u00e0 demi,<br \/>\nV\u00e9rone \u00e0 mes regards l\u00e8ve un front endormi.<br \/>\nTerre des souvenirs, tes colonnes antiques<br \/>\nDes modernes palais d\u00e9corent les portiques !<br \/>\nDans ces jardins pompeux, par le jour d\u00e9voil\u00e9s,<br \/>\nSe sont r\u00e9fugi\u00e9s tous tes dieux exil\u00e9s ;<br \/>\n\u00c0 leurs autels, priv\u00e9s d\u2019un feston idol\u00e2tre,<br \/>\nLe blanc jasmin suspend ses \u00e9toiles d\u2019alb\u00e2tre.<br \/>\nMaison des Capulets, tes nobles possesseurs<br \/>\nD\u2019un climat fortun\u00e9 savourant les douceurs,<br \/>\n\u00c9lev\u00e9s au sommet des fortunes humaines,<br \/>\nOnt sans doute oubli\u00e9 qu\u2019il est encor des peines !<br \/>\nQue dis-je ? ah ! qui peut fuir le malheur ou l\u2019amour !<br \/>\nTous deux ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans ce brillant s\u00e9jour ;<br \/>\nJ\u2019\u00e9coute, et du matin les brises fugitives<br \/>\nApportent jusqu\u2019\u00e0 moi leurs paroles plaintives.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">JULIETTE.<\/p>\n<p>Quoi si t\u00f4t ! Quoi d\u00e9j\u00e0 ! D\u00e9j\u00e0 tu veux partir !<br \/>\nDe l\u2019approche du jour rien n\u2019a pu t\u2019avertir !<br \/>\nC\u2019\u00e9tait le rossignol, et non pas l\u2019alouette,<br \/>\nDont le chant a frapp\u00e9 ton oreille inqui\u00e8te ;<br \/>\nCrois-en, mon Rom\u00e9o, ce grenadier en fleurs<br \/>\nQui l\u2019entend chaque nuit raconter ses douleurs,<br \/>\nC\u2019\u00e9tait le rossignol&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">ROM\u00c9O.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Vois-tu, ma bien-aim\u00e9e,<\/p>\n<p>S\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019horizon cette ligne enflamm\u00e9e ?<br \/>\nVois-tu les traits du jour entr\u2019ouvrir l\u2019orient,<br \/>\nLes \u00e9toiles p\u00e2lir, et le matin riant<br \/>\nDu milieu des brouillards qui voilent nos campagnes<br \/>\nS\u2019\u00e9lever radieux sur le front des montagnes ?<br \/>\nIl faut partir et vivre, ou rester et mourir !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">JULIETTE.<\/p>\n<p>Non, ce n\u2019est pas le jour ! o\u00f9 donc veux-tu courir ?<br \/>\nLe jour est encor loin ; c\u2019est quelque m\u00e9t\u00e9ore<br \/>\nQui pour guider ta fuite a devanc\u00e9 l\u2019aurore.<br \/>\nOh ! ne pars point !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">ROM\u00c9O.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Eh bien ! qu\u2019on me surprenne ici,<\/p>\n<p>Juliette le veut et je le veux aussi.<br \/>\nNon, ce n\u2019est pas le jour ! la lune au front d\u2019alb\u00e2tre<br \/>\nR\u00e9pand sur nos coteaux cette lueur gris\u00e2tre ;<br \/>\nNon, ce n\u2019est pas le jour ! ce ramage joyeux<br \/>\nQui d\u00e8s long-temps r\u00e9sonne au plus haut point des cieux,<br \/>\nCe n\u2019est pas l\u2019alouette \u00e0 la voix matinale ;<br \/>\nL\u2019erreur, si c\u2019en est une, \u00e0 moi seule est fatale :<br \/>\nEt qu\u2019importe la mort ! Qu\u2019en dis-tu, mon amour ?<br \/>\nRestons, restons encor, non, ce n\u2019est pas le jour !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">JULIETTE.<\/p>\n<p>C\u2019est le jour ! c\u2019est le jour ! va-t\u2019en, h\u00e2te ta fuite,<br \/>\nTu ne saurais, h\u00e9las ! t\u2019\u00e9loigner assez vite.<br \/>\nCes sons \u00e9tourdissans, cette importune voix,<br \/>\nC\u2019\u00e9tait bien l\u2019alouette : oh ! mieux vaudrait cent fois<br \/>\nEntendre du hibou le ai rauque et bizarre<br \/>\nQue ce h\u00e9raut du jour dont le chant nous s\u00e9pare.<br \/>\nFuis ! d\u2019instans en instans l\u2019horizon s\u2019\u00e9claircit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">ROM\u00c9O.<\/p>\n<p>Et d\u2019instans en instans notre sort s\u2019obscurcit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">JULIETTE.<\/p>\n<p>Gardiens du court bonheur que le ciel nous envie,<br \/>\nLivrez l\u2019entr\u00e9e au jour et laissez fuir ma vie,<br \/>\nSous ma tremblante main, volets, entr\u2019ouvrez-vous !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">ROM\u00c9O.<\/p>\n<p>Un baiser, un adieu ! je descends.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">JULIETTE.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span id=\"indent\">Mon \u00e9poux,<\/span><\/p>\n<p>Mon ami, songe bien qu\u2019il faudra que je meure,<br \/>\nSi le matin, le soir, chaque jour, \u00e0 toute heure,<br \/>\nJe n\u2019ai, dans cet exil, des nouvelles de toi :<br \/>\nLes momens sans te voir sont des si\u00e8cles pour moi,<br \/>\nTu le sais ; et mon c\u0153ur mesurant les journ\u00e9es,<br \/>\nOh ! qu\u2019avant ton retour j\u2019aurai compt\u00e9 d\u2019ann\u00e9es !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">ROMEO.<\/p>\n<p>Tout ce que peut l\u2019amour, h\u00e9las ! je le promets.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">JULIETTE.<\/p>\n<p>Rom\u00e9o ! Rom\u00e9o ! si c\u2019\u00e9tait pour jamais !<br \/>\nCrois-tu qu\u2019un jour, du moins, le ciel nous r\u00e9unisse ?<br \/>\nLe crois-tu ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">ROM\u00c9O.<\/p>\n<p><span id=\"indent\">Je l\u2019esp\u00e8re ; oui, dans ce temps propice<\/span><br \/>\nNos maux ne seront plus qu\u2019un faible souvenir,<br \/>\nTriste et doux entretien de nos jours \u00e0 venir.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">JULIETTE.<\/p>\n<p>Et moi j\u2019ai dans le c\u0153ur un funeste pr\u00e9sage ;<br \/>\nJe ne sais quel prestige a p\u00e2li ton visage :<br \/>\nAu pied de ce balcon, maintenant descendu,<br \/>\nTu me parais un mort dans sa tombe \u00e9tendu !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">ROM\u00c9O.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi, cher amour, que vous frappez ma vue :<br \/>\nLe chagrin d\u00e9vorant nous dess\u00e8che et nous tue !<br \/>\nAdieu, ma Juliette !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">JULIETTE.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Adieu, ch\u00e8re \u00e2me, adieu !<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">***<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp;<br \/>\nVous serez r\u00e9unis, mais, h\u00e9las ! dans quel lieu !<br \/>\nNon, je ne veux point voir sous ces vo\u00fbtes fun\u00e8bres<br \/>\nLa mort, \u00e0 coups press\u00e9s, frapper dans les t\u00e9n\u00e8bres,<br \/>\nEt le remords tardif, au pied de vos tombeaux,<br \/>\nD\u2019une funeste haine \u00e9teindre les flambeaux.<br \/>\nMais soudain l\u2019\u00e9clair brille ; \u00e0 sa p\u00e2le lumi\u00e8re,<br \/>\nUne pluie orageuse inonde la bruy\u00e8re ;<br \/>\nL\u00e9ar, \u00e0 leur fureur, livre ses traits fl\u00e9tris,<br \/>\nEt de ses blancs cheveux jette au vent les d\u00e9bris :<br \/>\nVieillard infortun\u00e9, faible roi, pauvre p\u00e8re,<br \/>\nQui ne sait tes malheurs, qui n\u2019a plaint ta mis\u00e8re !<br \/>\nTu ne sens, d\u00e9daigneux des injures du ciel,<br \/>\nQue le trait enfonc\u00e9 dans ton c\u0153ur paternel :<br \/>\nDe tes enfants ingrats le nom est sur ta bouche.<br \/>\nTon Fou, le seul ami que ta fortune touche,<br \/>\nJouet accoutum\u00e9 de ta prosp\u00e9rit\u00e9,<br \/>\nEn vain \u00e0 tes malheurs consacre sa ga\u00eet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">L\u00c9AR.<\/p>\n<p>Soufflez, vents orageux ; mugis, sombre temp\u00eate ;<br \/>\nCataractes des deux, que rien ne vous arr\u00eate !<br \/>\nFleuves, sources, torrens, d\u00e9bordez \u00e0 la fois,<br \/>\nInondez nos cit\u00e9s, engloutissez nos toits !<br \/>\nEt vous, feux sulfureux, plus prompts que la pens\u00e9e,<br \/>\nFrappez ces cheveux blancs, cette t\u00eate glac\u00e9e,<br \/>\nPourvu qu\u2019un m\u00eame coup d\u00e9truise avec \u00e9clat<br \/>\nCes principes f\u00e9conds, germes de l\u2019homme ingrat !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">LE FOU.<\/p>\n<p>O ma\u00eetre ! sans retard courons chercher un g\u00eete ;<br \/>\nVers tes filles, crois-moi, retournons au plus vite ;<br \/>\nDussions-nous les prier long-temps, j\u2019aime encor mieux<br \/>\nL\u2019eau b\u00e9nite de cour que l\u2019eau froide des cieux ;<br \/>\nViens, ou pour tes enfans charge-moi d\u2019un message :<br \/>\nCette nuit n\u2019a piti\u00e9 ni du fou ni du sage.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">L\u00c9AR.<\/p>\n<p><del datetime=\"2017-07-25T22:21:51+00:00\"><br \/>\nGrondez, noirs ouragans, redoublez vos efforts,<br \/>\nDe ma d\u00e9bile vie usez tous les ressorts !<br \/>\nDes c\u00e9lestes fl\u00e9aux redoutables familles,<br \/>\nGr\u00eale, foudres, \u00e9clairs, vous n\u2019\u00eates point mes filles ;<br \/>\nJe n\u2019ai point entre vous partag\u00e9 mes \u00c9tats,<br \/>\nEt l\u2019amour paternel ne vous fit point ingrats !<br \/>\nVenez, je me soumets \u00e0 vos fureurs sinistres !<br \/>\nMais non, de mes enfans vils et l\u00e2ches ministres,<br \/>\nDe ces perfides c\u0153urs vous servez les desseins ;<br \/>\nAh ! pourquoi leur pr\u00eater vos secours assassins<br \/>\nContre un faible vieillard, et, du haut de la nue,<br \/>\nAssaillir sans piti\u00e9 sa t\u00eate chauve et nue ?<\/del><\/p>\n<p style=\"text-align: center\">LE FOU.<\/p>\n<p>Pour, la t\u00eate qui loge une ombre de raison,<br \/>\nLe meilleur couvre-chef est un toit de maison.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Il chante.<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; On me dit fou ; mais sur mon \u00e2me,<br \/>\nJe voudrais bien qu\u2019\u00e0 mon choix on e\u00fbt mis<br \/>\nUn mauvais g\u00eete et la plus belle femme ;<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Un fou courrait droit \u00e0 la dame,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Et moi je prendrais le logis.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">L\u00c9AR.<\/p>\n<p>Oui, je veux d\u00e9sormais, quelque mal que j\u2019endure,<br \/>\nDe ce c\u0153ur ulc\u00e9r\u00e9 contenir le murmure ;<br \/>\nOui, oui, je me tairai, j\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 trop dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">KENT entre.<\/p>\n<p>Qui va l\u00e0 ?&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">LE FOU.<\/p>\n<p><span id=\"indent\">Vous voyez, un grand pr\u00e8s d\u2019un petit,<\/span><\/p>\n<p>Un sage pr\u00e8s d\u2019un fou.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">KENT au roi.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">C\u2019est vous, mon noble ma\u00eetre !<\/p>\n<p>Mon \u0153il qui vous cherchait a peine \u00e0 vous conna\u00eetre ;<br \/>\nLa nature de l\u2019homme, en cette nuit d\u2019horreur<br \/>\nSuccombe \u00e0 la souffrance ou c\u00e8de \u00e0 la terreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">L\u00c9AR.<\/p>\n<p>Eh ! que m\u2019importe, \u00e0 moi, ce tonnerre qui gronde,<br \/>\nCe vent \u00e2pre et glac\u00e9, cette eau qui nous inonde !<br \/>\nDe leurs coups redoubl\u00e9s ils m\u2019accablent en vain,<br \/>\nJe ne sens que l\u2019orage enferm\u00e9 dans mon sein.<br \/>\nDans une telle nuit ! Cruelle Gon\u00e9rille !<br \/>\nMalgr\u00e9 le froid, la pluie !&#8230; O R\u00e9gane ! \u00f4 ma fille !<br \/>\nEnfans pervers !&#8230; Chasser ce p\u00e8re infortun\u00e9 !<br \/>\nVotre vieux p\u00e8re ! lui qui vous a tout donn\u00e9 !&#8230;<br \/>\nPaix, ma t\u00eate s\u2019\u00e9gare. Et toi, bruyant orage,<br \/>\nPoursuis, je ne crains rien de ton aveugle rage !<br \/>\nLes Dieux te sauront bien montrer leurs ennemis,<br \/>\nEt chercher dans l\u2019oubli les forfaits endormis,<br \/>\nCache-toi, main sanglante ; et vous, l\u00e8vres parjures,<br \/>\nTremblez ! Crime impuni, lave bien tes souillures !<br \/>\nSc\u00e9l\u00e9rat, qui suivant de t\u00e9n\u00e9breux chemins,<br \/>\nAs dress\u00e9 sous des fleurs tes pi\u00e8ges inhumains,<br \/>\nBrise-toi de terreur ! Vous, inceste, adult\u00e8re,<br \/>\nCouvrez vos traits hideux des voiles du myst\u00e8re ;<br \/>\nFuyez, d\u00e9robez-vous au courroux \u00e9ternel,<br \/>\nOu, forc\u00e9s de r\u00e9pondre \u00e0 ce terrible appel,<br \/>\nEssayez de fl\u00e9chir sa justice implacable !&#8230;<br \/>\nMais moi, je suis victime, h\u00e9las ! et non coupable !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">KENT.<\/p>\n<p>Une cabane est l\u00e0, Seigneur ! Son toit l\u00e9ger<br \/>\nVous pr\u00eatera du moins un abri passager.<br \/>\nMoi, d\u2019un logis voisin repouss\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure,<br \/>\nJe tais tenter encor cette avare demeure.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">L\u00c9AR.<\/p>\n<p>Oui, ma raison revient, je vous connais&#8230; c\u2019est toi,<br \/>\nMon pauvre Fou ! j\u2019ai froid, as-tu froid comme moi ?<br \/>\nMon corps s\u2019est \u00e9puis\u00e9 dans cette horrible lutte.<br \/>\nAllons, conduisez-nous ; o\u00f9 donc est cette hutte ?<br \/>\nMontrez-moi cette paille, ami, ce pauvre seuil<br \/>\nQu\u2019aurait sans doute hier d\u00e9daign\u00e9 mon orgueil,<br \/>\nTant la n\u00e9cessit\u00e9 sous sa verge nous plie !<br \/>\nPauvre Fou ! ne crois pas que ton ma\u00eetre t\u2019oublie ;<br \/>\nViens, ce c\u0153ur insensible \u00e0 des malheurs nouveaux<br \/>\nSait plaindre encor ta peine et souffrir de tes maux.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">LE FOU chantant.<\/p>\n<p><span id=\"indent\"> Ici-bas le vrai sage<br \/>\nDe loin pr\u00e9voit l\u2019orage,<br \/>\nOu, paisible et content,<br \/>\nLe re\u00e7oit en chantant ;<br \/>\nPrend sans plainte importune<br \/>\nSon lit comme il l\u2019obtient,<br \/>\nComme il peut la fortune,<br \/>\nEt le temps comme il vient.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\">L\u00c9AR.<\/p>\n<p>Bien, mon enfant ; marchons, car ma t\u00e8te affaiblie<br \/>\nCraint de toucher ce point qui m\u00e8ne \u00e0 la folie.<br \/>\nSuis-moi, pauvre gar\u00e7on, viens !<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">LE FOU.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span id=\"indent\">Si quelque beaut\u00e9<\/span><\/p>\n<p>S\u2019enrhume cette nuit, elle l\u2019a m\u00e9rit\u00e9&#8230;<br \/>\nUn moment ! je me sens en humeur de pr\u00e9dire&#8230;<br \/>\nDu proph\u00e8te Merlin c\u2019est l\u2019esprit qui m\u2019inspire !<br \/>\n<span id=\"indent\">Quand les pr\u00eatres \u00e9taleront<br \/>\nMoins de savoir que de paroles ;<br \/>\nQuand les brasseurs n\u2019\u00e9changeront<br \/>\nQue de l\u2019eau contre nos pistoles ;<br \/>\nQuand les nobles dirigeront<br \/>\nL\u2019art du tailleur qui les habille ;<br \/>\nQuand les arr\u00eats contenteront<br \/>\nL\u2019int\u00e9r\u00eat de chaque famille ;<br \/>\nQuand les langues ne m\u00e9diront<br \/>\nQue pour condamner le scandale ;<br \/>\nQuand les filous ne voleront<br \/>\nQue pour l\u2019honneur de la morale ;<br \/>\nQuand les usuriers gagneront<br \/>\nTout l\u2019argent qu\u2019ils destineront<br \/>\n\u00c0 de pieuses entreprises ;<br \/>\nQuand les courtisanes iront<br \/>\n\u00c0 confesse, et n\u2019\u00e9dif\u00eeront<br \/>\nQue des couvens et des \u00e9glises ;<br \/>\nOn verra la confusion<br \/>\nGrande au royaume d\u2019Albion ;<br \/>\nEt pour mieux en d\u00e9signer l\u2019\u00e2ge,<br \/>\nCes faits merveilleux adviendront<br \/>\nAu temps o\u00f9, pour suivre l\u2019usage,<br \/>\nLes gens sur deux pieds marcheront !<\/span><br \/>\n&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">***<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp;<br \/>\nMais bient\u00f4t, saisissant la baguette magique,<br \/>\nLe po\u00ebte inspir\u00e9 m\u00eale un chant fantastique<br \/>\n<span id=\"indent\">\u00c0 ses m\u00e2les concerts.<\/span><br \/>\nDans une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9, sur la plaine fleurie,<br \/>\nComme un songe riant le peuple de f\u00e9erie<br \/>\n<span id=\"indent\"> Se joue au sein des airs.<\/span><\/p>\n<p><span id=\"indent\">Le laboureur dans son asile,<br \/>\nOublieux du temps qui s\u2019enfuit,<br \/>\nDort, heureux qu\u2019un sommeil tranquille<br \/>\nL\u2019emp\u00eache de compter minuit ;<br \/>\nC\u2019est l\u2019heure o\u00f9 le feu sous la cendre<br \/>\nBrille et se ranime soudain ;<br \/>\nL\u2019esprit follet, l\u2019adroit Robin,<br \/>\nSur le foyer vient de descendre.<br \/>\nLa lune est voil\u00e9e \u00e0 demi ;<br \/>\nLe loup hurle dans les t\u00e9n\u00e8bres :<br \/>\nDes vieux cimeti\u00e8res ami,<br \/>\nLe hibou sur les murs fun\u00e8bres<br \/>\nG\u00e9mit ; \u00e0 peine dans les airs<br \/>\nGlissent ses notes fugitives,<br \/>\nLes ombres s\u2019\u00e9chappent plaintives<br \/>\nDu sein des tombeaux entr\u2019ouverts ;<br \/>\nAlors sur la gr\u00e8ve des mers,<br \/>\nDans les clairi\u00e8res du bois sombre,<br \/>\nPr\u00e8s des joncs qui bordent sans nombre<br \/>\nLa rive des \u00e9tangs d\u00e9serts,<br \/>\nLe peuple a\u00e9rien des f\u00e9es,<br \/>\nMyst\u00e9rieuses coryph\u00e9es<br \/>\nDes chants magiques de la nuit,<br \/>\nS\u2019\u00e9veille et s\u2019assemble sans bruit ;<br \/>\nLeur danse, inconnue aux profanes,<br \/>\nDans ses rapides mouvemens<br \/>\nFait bient\u00f4t en plis diaphanes<br \/>\nFlotter leurs l\u00e9gers v\u00eatemens.<br \/>\nLe p\u00e2tre \u00e9gar\u00e9 dans la plaine,<br \/>\nDont l\u2019\u0153il fascin\u00e9 se prom\u00e8ne<br \/>\nSur ces brillantes visions,<br \/>\nCroit que des nuits la p\u00e2le reine<br \/>\n\u00c0 laiss\u00e9 tomber sur l\u2019ar\u00e8ne<br \/>\nD\u2019humides et tremblans rayons ;<br \/>\nEt si quelque note lointaine<br \/>\nDe leurs myst\u00e9rieux concerts<br \/>\nLui parvient au souffle des airs,<br \/>\nEn vain son oreille incertaine<br \/>\n\u00c9coute ; elle entend seulement<br \/>\nDes rossignols le doux ramage,<br \/>\nLe bruit du sonore feuillage,<br \/>\nOu de la brise du rivage<br \/>\nLe monotone sifflement.<\/span><\/p>\n<p>Le barde cependant sur l\u2019humide prairie<br \/>\n\u00c0 surpris quelquefois la reine de f\u00e9erie.<br \/>\nDe sa langue inconnue il a compris les sons,<br \/>\nEt seul a recueilli ses magiques chansons.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">TITANIA.<\/p>\n<p>Oh ! de ces verts gazons \u00e9paississez l\u2019enceinte,<br \/>\nInclinez sur mon front ces touffes d\u2019hyacinthe<br \/>\n<span id=\"indent\">Aux calices d\u2019azur !<\/span><\/p>\n<p>Que je puisse trouver sur ma couche de mousse<br \/>\nDe suaves parfums, une ombre fra\u00eeche et douce,<br \/>\n<span id=\"indent\">Un sommeil calme et pur !<\/span><\/p>\n<p>Prenez vos armes d\u2019or, tandis que je repose :<br \/>\nQue l\u2019insecte, cach\u00e9 dans le bouton de rose,<br \/>\n<span id=\"indent\">Expire sous vos coups ;<\/span><br \/>\nD\u00e9pouillez de la nuit les peuplades fid\u00e8les,<br \/>\nPour qu\u2019en l\u00e9gers manteaux le cr\u00eape de leurs ailes<br \/>\n<span id=\"indent\">Voltige autour de vous !<\/span><\/p>\n<p>Que l\u2019une de vos s\u0153urs sur moi veille dans l\u2019ombre ;<br \/>\nMais avant toutefois, d\u2019aller dans la nuit sombre<br \/>\n<span id=\"indent\">Chercher vos ennemis,<\/span><br \/>\nChantez, qu\u2019un air de f\u00e9e \u00e0 mon gr\u00e9 se prolonge,<br \/>\nEt ce charme puissant fera descendre un songe<br \/>\n<span id=\"indent\">Sur mes yeux endormis !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\">CH\u0152UR DE F\u00c9ES.<\/p>\n<p>Bercez, bercez la jeune souveraine,<br \/>\nDoux bruits des vents, du feuillage, des eaux ;<br \/>\nDoux rossignols, bercez, bercez la Reine,<br \/>\nBercez la Reine et charmez son repos.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">PREMI\u00c8RE F\u00c9E.<\/p>\n<p>Je veille ici, fuyez, impurs reptiles,<br \/>\nSouples l\u00e9zards, vous insectes agiles<br \/>\n<span id=\"indent\">Cuirass\u00e9s d\u2019or !<\/span><br \/>\nN\u2019agite plus, fol\u00e2tre sauterelle,<br \/>\n<span id=\"indent\">L\u2019herbe nouvelle ;<\/span><br \/>\nFaible grillon, tais-toi, la Reine dort.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">DEUXI\u00c8ME F\u00c9E.<\/p>\n<p>Pour en former des parures l\u00e9g\u00e8res,<br \/>\nJe cours ravir aux jeunes primev\u00e8res<br \/>\n<span id=\"indent\">Tous leurs rubis ;<\/span><\/p>\n<p>Ces tendres fleurs, fr\u00eales joyaux des f\u00e9es,<br \/>\n<span id=\"indent\">Sont mes troph\u00e9es,<\/span><br \/>\nEt notre Reine en s\u00e8me ses habits.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">CHOEUR.<\/p>\n<p>Bercez, bercez la jeune souveraine,<br \/>\nDoux bruits des vents, du feuillage, des eaux ;<br \/>\nDoux rossignols, bercez, bercez la Reine,<br \/>\nBercez la Reine et charmez son repos.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">PREMI\u00c8RE F\u00c9E.<\/p>\n<p>Pour l\u2019agiter sur sa t\u00eate sacr\u00e9e,<br \/>\nJe m\u2019armerai de l\u2019aile bigarr\u00e9e<br \/>\n<span id=\"indent\">Des papillons ;<\/span><br \/>\nOu, lui cachant la nocturne lumi\u00e8re,<br \/>\n<span id=\"indent\">De sa paupi\u00e8re<\/span><br \/>\nJ\u2019\u00e9carterai ses importuns rayons.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">DEUXI\u00c8ME F\u00c9E.<\/p>\n<p>J\u2019irai chercher les aigrettes mobiles,<br \/>\nBrillant duvet de ces globes fragiles<br \/>\n<span id=\"indent\">Que les amans<\/span><br \/>\nSoufflent parfois d\u2019une inqui\u00e8te haleine,<br \/>\n<span id=\"indent\">Et que la plaine<\/span><br \/>\nVoit fuir moins vite, h\u00e9las ! que leurs sermens.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">CH\u0152UR.<\/p>\n<p>Bercez, bercez la jeune souveraine,<br \/>\nDoux bruits des vents, du feuillage, des eaux ;<br \/>\nDoux rossignols, bercez, bercez la Reine,<br \/>\nBercez la Reine et charmez son repos.<br \/>\n&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">***<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp;<br \/>\nMais semblable en sa fuite au nuage qui passe,<br \/>\nLe songe dispara\u00eet, la vision s\u2019efface,<br \/>\nEt du monde id\u00e9al l\u2019\u00e9clat \u00e9vanoui<br \/>\nFascine encor long-temps mon regard \u00e9bloui.<br \/>\nLa raison cependant, docile \u00e0 ces prestiges,<br \/>\nD\u2019un merveilleux g\u00e9nie admire les prodiges :<br \/>\nAinsi de ses secrets le puissant enchanteur,<br \/>\n\u00c0 mes yeux \u00e9tonn\u00e9s d\u00e9ployait la hauteur.<br \/>\nPosant un pied tremblant sur sa trace immortelle,<br \/>\nJ\u2019essayai de le suivre en sa route nouvelle.<br \/>\nJ\u2019ai tent\u00e9 de saisir, sous mes faibles pinceaux,<br \/>\nQuelques traits d\u00e9tach\u00e9s de ses vastes tableaux ;<br \/>\nEt de ses nobles chants ma voix inentendue<br \/>\nTout bas a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 quelque note perdue.<br \/>\nOh ! ne me bl\u00e2mez point ! Si de nos bois surpris<br \/>\nUn orchestre impr\u00e9vu frappe les verts abris,<br \/>\nD\u2019un \u00e9cho fugitif la voix par intervalles<br \/>\nY marie au hasard des notes in\u00e9gales,<br \/>\nEt du penchant des monts renvoie au gr\u00e9 des airs<br \/>\nQuelques sons affaiblis de ces lointains concerts.\n<\/p><\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/tastu\/works-10\/poesies-1826\/\">Retour \u00e0 la table des mati\u00e8res<\/a>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Po\u00e9sies (1827) Shakspeare \u00c0 madame louise sw.-belloc &#8230; Nature might stand up And say to all the world : This was a man ! Shakspeare &nbsp; &nbsp; &nbsp; La nature pouvait se lever, et dire au monde entier : C&#8217;\u00e9tait&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/tastu\/works-10\/amable-tastu-shakspeare\/\">Continue Reading &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":6934,"featured_media":0,"parent":543,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"template-fullwidth.php","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6130"}],"collection":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6934"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6130"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6130\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8062,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/6130\/revisions\/8062"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/543"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6130"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}