{"id":5469,"date":"2017-07-18T11:55:48","date_gmt":"2017-07-18T15:55:48","guid":{"rendered":"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/?page_id=5469"},"modified":"2018-04-16T18:21:01","modified_gmt":"2018-04-16T22:21:01","slug":"marceline-desbordes-valmore-les-sanglots","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/desbordes\/works-4\/marceline-desbordes-valmore-les-sanglots\/","title":{"rendered":"Marceline Desbordes-Valmore : Les sanglots"},"content":{"rendered":"<div id=\"poem\" align=\"center\">\n<p class=\"volume-name\" style=\"text-align: center\"><em>Po\u00e9sies in\u00e9dites<\/em> (1860)<\/p>\n<h4 class=\"poem-title\" style=\"text-align: center\">Les sanglots<\/h4>\n<p style=\"text-align: center\">\u00c0 Pauline Duchambge<\/p>\n<div id=\"center_block\">\n<p>Ah ! l&#8217;enfer est ici ; l&#8217;autre me fait moins peur :<br \/>\nPourtant le purgatoire inquie\u0300te mon c\u0153ur.<\/p>\n<p>On m&#8217;en a trop parle\u0301 pour que ce nom funeste<br \/>\nSur un si faible c\u0153ur ne serpente et ne reste ;<\/p>\n<p>Et quand le flot des jours me de\u0301fait fleur a\u0300 fleur,<br \/>\nJe vois le purgatoire au fond de ma pa\u0302leur.<\/p>\n<p>S&#8217;ils ont dit vrai, c&#8217;est la\u0300 qu&#8217;il faut aller s&#8217;e\u0301teindre,<br \/>\nO Dieu, de toute vie avant de vous atteindre !<\/p>\n<p>C&#8217;est la\u0300 qu&#8217;il faut descendre et sans lune et sans jour,<br \/>\nSous le poids de la crainte et la croix de l&#8217;amour,<\/p>\n<p>Pour entendre ge\u0301mir les a\u0302mes condamne\u0301es,<br \/>\nSans pouvoir dire : \u00ab Allez, vous e\u0302tes pardonne\u0301es ! \u00bb<\/p>\n<p>Sans pouvoir les tarir, o\u0302 douleur des douleurs !<br \/>\nSentir filtrer partout les saanglots et les pleurs ;<\/p>\n<p>Se heurter dans la nuit des cages cellulaires<br \/>\nQue nulle aube ne teint de ses prunelles claires ;<\/p>\n<p>Ne savoir ou\u0300 crier au sauveur me\u0301connu :<br \/>\n\u00ab He\u0301las ! mon doux Sauveur, n&#8217;e\u0301tiez-vous pas venu ? \u00bb<\/p>\n<p>Ah ! j&#8217;ai peur d&#8217;avoir peur, d&#8217;avoir froid ; je me cache<br \/>\nComme un oiseau tombe\u0301 qui tremble qu&#8217;on l&#8217;attache.<\/p>\n<p>Je rouvre tristement mes bras au souvenir &#8230;.<br \/>\nMais c&#8217;est le purgatoire et je le sens venir !<\/p>\n<p>C&#8217;est la\u0300 que je me re\u0302ve apre\u0300s la mort mene\u0301e,<br \/>\nComme une esclave en faute au bout de sa journe\u0301e,<\/p>\n<p>Cachant sous ses deux mains son front pa\u0302le et fle\u0301tri,<br \/>\nEt marchant sur son c\u0153ur par la terre meurtri.<\/p>\n<p>C&#8217;est la\u0300 que je m&#8217;en vais au devant de moi-me\u0302me,<br \/>\nN&#8217;osant y souhaiter rien de tout ce que j&#8217;aime.<\/p>\n<p>Je n&#8217;aurai donc plus rien de charmant dans le c\u0153ur<br \/>\nQue le lointain e\u0301cho de leur vivant bonheur.<\/p>\n<p><span id=\"indent\">Ciel ! ou\u0300 m&#8217;en irai-je<br \/>\nSans pieds pour courir !<br \/>\nCiel ! ou\u0300 frapperai-je<br \/>\nSans cle\u0301 pour ouvrir ?<\/span><\/p>\n<p>Sous l&#8217;arre\u0302t e\u0301ternel repoussant ma prie\u0300re<br \/>\nJamais plus le soleil n&#8217;atteindra ma paupie\u0300re,<\/p>\n<p>Pour l&#8217;essuyer du monde et des tableaux affreux<br \/>\nQui font baisser partout mes regards douloureux.<\/p>\n<p>Plus de soleil ! Pourquoi? Cette lumie\u0300re aime\u0301e<br \/>\nAux me\u0301chants de la terre est pourtant allume\u0301e.<\/p>\n<p>Sur un pauvre coupable a\u0300 l&#8217;e\u0301chafaud conduit<br \/>\nComme un doux : \u00ab Viens a\u0300 moi ! \u00bb l&#8217;orbe s&#8217;e\u0301panche et luit.<\/p>\n<p>Plus de feu nulle part ! Plus d&#8217;oiseaux dans l&#8217;espace !<br \/>\nPlus d&#8217;Ave Maria dans la brise qui passe.<\/p>\n<p>Au bord des lacs taris plus un roseau mouvant,<br \/>\nPlus d&#8217;air pour soutenir un atome vivant.<\/p>\n<p>Ces fruits que tout ingrat sent fondre sous sa le\u0300vre,<br \/>\nNe feront plus couler leur frai\u0302cheur dans ma fie\u0300vre ;<\/p>\n<p>Et de mon c\u0153ur absent qui viendra m&#8217;oppresser<br \/>\nJ&#8217;amasserai les pleurs sans pouvoir les verser.<\/p>\n<p><span id=\"indent\">Ciel ! o\u00f9 m&#8217;en irai-je<br \/>\nSans pieds pour courir ?<br \/>\nCiel ! ou\u0300 frapperai-je<br \/>\nSans cle\u0301 pour ouvrir ?<\/span><\/p>\n<p>Plus de ces souvenirs qui m&#8217;emplissent de larmes,<br \/>\nSi vivants que toujours je vivrais de leurs charmes ;<\/p>\n<p>Plus de famille au soir assise sur le seuil,<br \/>\nPour be\u0301nir son sommeeil chantant devant l&#8217;ai\u0308eul ;<\/p>\n<p>Plus de timbre adore\u0301 dont la gra\u0302ce invincible<br \/>\nEu\u0302t force\u0301 le ne\u0301ant a\u0300 devenir sensible !<\/p>\n<p>Plus de livres divins comme effeuille\u0301s des cieux,<br \/>\nConcerts que tous mes sens e\u0301coutaient par mes yeux.<\/p>\n<p>Ainsi, n&#8217;oser mourir quand on n&#8217;ose plus vivre,<br \/>\nNi chercher dans la mort un ami qui de\u0301livre !<\/p>\n<p>O parents ! pourquoi donc vos fleurs sur nos berceaux<br \/>\nSi le ciel a maudit l&#8217;arbre et les arbrisseaux ?<\/p>\n<p><span id=\"indent\">Ciel ! ou\u0300 m&#8217;en irai-je<br \/>\nSans pieds pour courir ?<br \/>\nCiel ! ou\u0300 frapperai-je<br \/>\nSans cle\u0301 pour ouvrir ?<\/span><\/p>\n<p>Sans la croix qui s&#8217;incline a\u0300 l&#8217;a\u0302me prosterne\u0301e,<br \/>\nPunie apre\u0300s la mort du malheur d&#8217;e\u0302tre ne\u0301e !<\/p>\n<p>Mais quoi, dans cette mort qui se sent expirer,<br \/>\nSi quelque cri lointain me disait d&#8217;espe\u0301rer !<\/p>\n<p>Si dans ce ciel e\u0301teint quelque e\u0301toile pa\u0302lie<br \/>\nEnvoyait sa lueur a\u0300 ma me\u0301lancolie !<\/p>\n<p>Sous ses arceaux tendus d&#8217;ombre et de de\u0301sespoir,<br \/>\nSi des yeux inquiets s&#8217;allumaient pour me voir !<\/p>\n<p>Ah ! ce serait ma me\u0300re intre\u0301pide et be\u0301nie<br \/>\nDescendant re\u0301clamer sa fille assez punie !<\/p>\n<p>Oui ! ce sera ma me\u0300re ayant attendri Dieu,<br \/>\nQui viendra me sauver de cet horrible lieu,<\/p>\n<p>Et relever au vent de la jeune espe\u0301rance<br \/>\nSon dernier fruit tombe\u0301 mordu par la souffrance.<\/p>\n<p>Je sentirai ses bras si doux, si beaux, si forts,<br \/>\nM&#8217;e\u0301treindre et m&#8217;enlever dans ses puissants efforts ; <\/p>\n<p>Je sentirai couler dans mes naissantes ailes<br \/>\nL&#8217;air pur qui fait monter les libres hirondelles,<\/p>\n<p>Et ma me\u0300re en fuyant pour ne plus revenir<br \/>\nM&#8217;emportera vivante a\u0300 travers l&#8217;avenir !<\/p>\n<p>Mais, avant de quitter les mortelles campagnes,<br \/>\nNous irons appeler des a\u0302mes pour compagnes.<\/p>\n<p>Au fond du champ fune\u0300bre ou\u0300 j&#8217;ai mis tant de fleurs,<br \/>\nNous abattre aux parfums qui sont ne\u0301s de mes pleurs ;<\/p>\n<p>Et nous aurons des voix, des transports et des flammes,<br \/>\nPour crier : \u00ab Venez-vous ! \u00bb a\u0300 ces dolentes a\u0302mes.<\/p>\n<p>\u00ab Venez-vous vers l&#8217;e\u0301te\u0301 qui fait tout refleurir<br \/>\nOu\u0300 nous allons aimer sans pleurer, sans mourir !<\/p>\n<p>Venez, venez voir Dieu ! nous sommes ses colombes ;<br \/>\nJetez-la\u0300 vos linceuls, les cieux n&#8217;ont plus de tombes ;<\/p>\n<p>Le se\u0301pulcre est rompu par l&#8217;e\u0301ternel amour :<br \/>\nMa me\u0300re nous enfante a\u0300 l&#8217;e\u0301ternel se\u0301jour ! \u00bb<\/p>\n<\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/desbordes\/works-4\/poesies-inedites-1860\/\">Retour \u00e0 la table des mati\u00e8res<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Po\u00e9sies in\u00e9dites (1860) Les sanglots \u00c0 Pauline Duchambge Ah ! l&#8217;enfer est ici ; l&#8217;autre me fait moins peur : Pourtant le purgatoire inquie\u0300te mon c\u0153ur. 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