{"id":4838,"date":"2017-07-03T12:42:55","date_gmt":"2017-07-03T16:42:55","guid":{"rendered":"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/?page_id=4838"},"modified":"2018-05-07T16:12:06","modified_gmt":"2018-05-07T20:12:06","slug":"anais-segalas-les-songes","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/segalas\/works-8\/anais-segalas-les-songes\/","title":{"rendered":"Ana\u00efs S\u00e9galas : Les songes"},"content":{"rendered":"<div id=\"poem\" align=\"center\">\n<p class=\"volume-name\" style=\"text-align: center\"><em>Les alg\u00e9riennes, po\u00e9sies <\/em>(1831)<\/p>\n<h4 class=\"poem-title\" style=\"text-align: center\">LES SONGES<\/h4>\n<div id=\"center_block\">\n<div class=\"epigraph\">J\u2019aper\u00e7ois un grand nombre de personnes endormies ; je voudrais, par curiosit\u00e9, que vous me dissiez les divers songes qu\u2019elles peuvent faire. Tr\u00e8s volontiers, repartit le d\u00e9mon ; vous aimez les tableaux changeans, je veux vous contenter.<br \/>\n<span class=\"epigraph-author\"><i>Le sage<\/i><\/span><\/div>\n<p>L\u2019astre aux p\u00e2les clart\u00e9s repara\u00eet \u00e0 nos yeux ;<br \/>\nLes nuages obscurs se perdent dans les cieux.<br \/>\nProt\u00e9g\u00e9s par la nuit, \u00e0 l\u2019ombre des myst\u00e8res,<br \/>\nLes songes s&#8217;\u00e9lan\u00e7ant escort\u00e9s des chim\u00e8res,<br \/>\nSur nos sens assoupis r\u00e9pandent leurs faveurs,<br \/>\nL\u2019imagination leur pr\u00eate ses couleurs,<br \/>\nEt sous leurs traits menteurs, l\u2019espoir, l\u2019amour, la haine<br \/>\nReproduisent leur trouble \u00e0 notre \u00e2me incertaine.<br \/>\nSur l\u2019aile du g\u00e9nie, un songe cr\u00e9ateur,<br \/>\nVient agiter l\u2019esprit d\u2019un grand sp\u00e9culateur ;<br \/>\nParis semble invoquer sa sublime industrie ;<br \/>\nIl va de ses bienfaits enrichir sa patrie.<br \/>\nC\u2019est peu que l\u2019Omnibus, dans ses nombreux d\u00e9parts<br \/>\nDe badauds importuns purge nos boulevards,<br \/>\nQue le boiteux Tricycle et que la Diligente,<br \/>\nEntassent chaque jour dans leur caisse pesante<br \/>\nLes \u00e9l\u00e9gans pi\u00e9tons du beau quartier d\u2019Antin<br \/>\nOu le peuple affair\u00e9 du faubourg Saint-Martin,<br \/>\nEt que tous constamment, roulant avec vitesse,<br \/>\nDans les mille d\u00e9tours de l\u2019antique Lut\u00e8ce,<br \/>\nD\u00e9lassent, sans nuire aux plus faibles moyens,<br \/>\nLes membres fatigu\u00e9s de nos Parisiens,<br \/>\nIl veut cr\u00e9er, malgr\u00e9 les inventeurs modernes,<br \/>\nUn char d\u00e9solateur de ces chars subalternes.<br \/>\nUne limonadi\u00e8re assise \u00e0 son comptoir,<br \/>\nY donnera le punch et le caf\u00e9 du soir ;<br \/>\nD\u00eeners, repas de corps, tout y sera facile ;<br \/>\nL\u2019\u00e9tranger pourra m\u00eame y fixer son asile,<br \/>\nEt l&#8217;on r\u00e9unira, dans ce s\u00e9jour changeant,<br \/>\nH\u00f4tel garni, caf\u00e9, voiture et restaurant.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de lui, sur un lit abreuv\u00e9 d\u2019amertume,<br \/>\nQui n\u2019a jamais connu la douceur de la plume,<br \/>\nUn avare craintif tient avec s\u00fbret\u00e9<br \/>\nUn vieux coffr\u00e9 poudreux sur son sein agit\u00e9.<br \/>\nIl oublie \u00e0 la fois parens, amis et femme ;<br \/>\nL\u2019argent est son ami, c\u2019est son tout, c\u2019est son \u00e2me.<br \/>\nMais un songe enivrant vole en ces tristes lieux ;<br \/>\nDont la vo\u00fbte en ruine est voisine des cieux.<br \/>\nSa femme, ses enfans, rebut d\u2019un c\u0153ur sordide,<br \/>\nOnt d\u00e9pouill\u00e9 leur forme \u00e0 son regard avide.<br \/>\nIl fr\u00e9mit de plaisir, les touche et doute encor.<br \/>\nChacun autour de lui se convertit en or.<br \/>\nJamais plus tendre amant, jamais plus tendre p\u00e8re,<br \/>\nLe plus fid\u00e8le \u00e9poux, l\u2019ami le plus sinc\u00e8re,<br \/>\nN\u2019eut pour l\u2019\u00eatre qui seul lui fait aimer le jour,<br \/>\nPlus de sollicitude et de soins et d\u2019\u00e2mour.<br \/>\nIl embrasse long-temps avec idol\u00e2trie<br \/>\nSes enfans ador\u00e9s et sa femme ch\u00e9rie,<br \/>\nEt dans ses bras enfin pressant cet amas d\u2019or,<br \/>\nAu p\u00e9ril de ses jours il d\u00e9fend son tr\u00e9sor.<\/p>\n<p>Mais d\u00e9j\u00e0 le sommeil de son r\u00e9duit s\u2019\u00e9chappe,<br \/>\nEt sur le lit moelleux d\u2019un moderne Esculape<br \/>\nVerse \u00e0 flots d\u2019opium un repos bienfaiteur ;<br \/>\nUn songe vient glacer notre savant docteur.<br \/>\nIl voit un spectre affreux, une ombre mena\u00e7ante<br \/>\nD\u2019un cadavre hideux, la d\u00e9pouille effrayante ;<br \/>\nUn linceul est jet\u00e9 sur son corps palpitant,<br \/>\nEt du sang des humains semble encor d\u00e9go\u00fbtant.<br \/>\nAu teint bl\u00eame et mourant de ce triste squelette<br \/>\nOn le croirait nourri d\u2019eau chaude et de di\u00e8te.<br \/>\nLe docteur rassur\u00e9 par ces signes certains,<br \/>\nPense qu\u2019il voit en lui le dieu des m\u00e9decins ;<br \/>\nMais, le spectre, agitant sa m\u00e2choire infernale,<br \/>\nFait entendre ces mots d\u2019une voix s\u00e9pulcrale :<br \/>\n\u00ab Coupable descendant du docteur Sangrado<br \/>\nEt sanguinaire appui d\u2019un syst\u00e8me nouveau,<br \/>\nCrois-tu donc vainement usurper mon empire ?<br \/>\nReconnais ton rival, tremble, je suis vampire.<br \/>\nMes \u00e9tats d\u00e9peupl\u00e9s et mes faibles sujets<br \/>\nDe ta science infame attestent les forfaits ;<br \/>\nTu plonges les mortels, victimes \u00e9perdues,<br \/>\nDans un vaste oc\u00e9an d\u2019eau chaude et de sangsues,<br \/>\nEt sur leur teint fl\u00e9tri, dans leur morne regard,<br \/>\nTu graves chaque jour l\u2019empreinte de ton art.<br \/>\nPriv\u00e9s d\u2019un sang vermeil, leurs corps froids et livides<br \/>\nRefusent l\u2019aliment \u00e0 mes l\u00e8vres avides :<br \/>\nLe jour de la vengeance est enfin arriv\u00e9 ;<br \/>\nFr\u00e9mis du ch\u00e2timent que je t\u2019ai r\u00e9serv\u00e9. \u00bb<br \/>\nIl dit, et l\u2019entra\u00eenant vers l\u2019horrible T\u00e9nare,<br \/>\nIl le plonge \u00e0 jamais aux gouffres du Tartare.<br \/>\nMais, fid\u00e8le au principe et bravant son courroux,<br \/>\nConservant aux enfers ses penchans et ses go\u00fbts,<br \/>\nSur ses anciens cliens maintenant son empire,<br \/>\nL\u2019esculape d\u00e9truit se transforme en vampire,<br \/>\nPour ne point d\u00e9roger ni changer de m\u00e9tier.<\/p>\n<p>Aupr\u00e8s de son s\u00e9jour, dans le noble quartier,<br \/>\nUne vieille titr\u00e9e, aux coussins favorables<br \/>\nConfiait mollement ses appas v\u00e9n\u00e9rables.<br \/>\nCroyant saisir encor ses pouvoirs abolis,<br \/>\nEt sur les anciens temps promenant ses esprits,<br \/>\nL\u2019illustre antiquit\u00e9 dormait avec noblesse ;<br \/>\nCar les yeux r\u00e9v\u00e9r\u00e9s d\u2019une vieille comtesse,<br \/>\nQui vit soixante hivers et compte maint quartier,<br \/>\nNe sauraient s\u2019assoupir d\u2019un sommeil roturier.<br \/>\nFi\u00e8re, malgr\u00e9 les ans et leur trace cruelle,<br \/>\nD\u2019avoir des parchemins encor plus anciens qu\u2019elle,<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 l\u2019illusion d\u2019un songe radieux<br \/>\nElle voit rassembl\u00e9s ses antiques a\u00efeux :<\/p>\n<p>Le premier, vrai squelette au d\u00e9bile visage,<br \/>\nEt d\u2019un si\u00e8cle ambulant repr\u00e9sentant l\u2019image,<br \/>\n\u00c9tait du temps des Francs, issu du sang d\u2019un roi,<br \/>\nCousin de Dagobert, ami de Saint-\u00c9loi.<br \/>\n\u00c0 son aspect divin, la vieille douairi\u00e8re,<br \/>\nJetant avidement ses regards en arri\u00e8re,<br \/>\nAdmire avec d\u00e9lice, ivre de vanit\u00e9,<br \/>\nDe ce corps dess\u00e9ch\u00e9 la noble v\u00e9tust\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019autre \u00e9tait de ces temps, qui dans leur cours prosp\u00e8re,<br \/>\nComme un rayon de gloire, ont pass\u00e9 sur la terre,<br \/>\nMais o\u00f9 l\u2019on vit, h\u00e9las ! les nobles surcharg\u00e9s<br \/>\nDu pompeux attirail de leurs vieux pr\u00e9jug\u00e9s.<br \/>\nIl touche \u00e0 son pourpoint, rattache son \u00e9p\u00e9e,<br \/>\nRajuste sa perruque artistement poudr\u00e9e,<br \/>\nJette sur sa personne un coup d\u2019oeil complaisant,<br \/>\nEt prononce \u00e0 la fin ce discours imposant ;<\/p>\n<p>\u00ab Les vertus ne sont rien, le nom fait tout, ma fille.<br \/>\nD\u00e9daignez ces vilains dont le monde fourmille ;<br \/>\nEt, si quelqu\u2019un d&#8217;entr\u2019eux vous g\u00eane ou vous d\u00e9pla\u00eet,<br \/>\nObtenez aussit\u00f4t des lettres de cachet,<br \/>\nEt qu\u2019il aille expier au fond de la Bastille<br \/>\nLe grand tort d\u2019offusquer une illustre famille.<br \/>\nSurtout n\u2019imitez pas les vulgaires desseins<br \/>\nDe ces petits bourgeois qui se font \u00e9crivains ;<br \/>\nN\u2019\u00e9talez pas comme eux les fruits de la science,<br \/>\nEt conservez plut\u00f4t une noble ignorance.<br \/>\nSongez&#8230;\u00bb Mais l\u2019horizon se pare de ses feux,<br \/>\nEt dissipe \u00e0 l\u2019instant les c\u00e9l\u00e8bres a\u00efeux.<\/p>\n<p>Les songes, effleurant le globe de la terre,<br \/>\nPortent leurs fictions dans un autre h\u00e9misph\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;\n<\/p><\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/segalas\/works-8\/les-algeriennes-1831\/\">Retour \u00e0 la table des mati\u00e8res<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les alg\u00e9riennes, po\u00e9sies (1831) LES SONGES J\u2019aper\u00e7ois un grand nombre de personnes endormies ; je voudrais, par curiosit\u00e9, que vous me dissiez les divers songes qu\u2019elles peuvent faire. 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