{"id":3864,"date":"2017-06-15T14:50:12","date_gmt":"2017-06-15T18:50:12","guid":{"rendered":"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/?page_id=3864"},"modified":"2021-10-31T21:43:35","modified_gmt":"2021-11-01T01:43:35","slug":"malvina-blanchecotte-lucie","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/malvina-blanchecotte-lucie\/","title":{"rendered":"Malvina Blanchecotte : Lucie"},"content":{"rendered":"<div id=\"poem\" align=\"center\">\n<p class=\"volume-name\" style=\"text-align: center;\"><em>R\u00eaves et r\u00e9alit\u00e9<\/em> (1856)<\/p>\n<h4 class=\"poem-title\" style=\"text-align: center;\">LUCIE<\/h4>\n<div id=\"center_block\">\n<p style=\"text-align: center;\">SOUVENIRS,<\/p>\n<p>Il est un beau pays domin\u00e9 d\u2019un ch\u00e2teau,<br \/>\nO\u00f9 l&#8217;on a les grands bois et le silence et l\u2019eau ;<br \/>\nDes rumeurs des cit\u00e9s pas un seul bruit n\u2019arrive ;<br \/>\nLa Seine s\u2019y repose, et sur la verte rive,<br \/>\nDemeurent balanc\u00e9s d\u2019\u00e9l\u00e9gants batelets,<br \/>\nO\u00f9 tant\u00f4t des p\u00eacheurs exercent leurs \ufb01lets,<br \/>\nO\u00f9 plus souvent, le soir, s\u2019abandonnant aux brises,<br \/>\nLe r\u00eaveur vient bercer ses peines incomprises,<br \/>\nEt s\u2019arr\u00eate pensif aux saules inclin\u00e9s.<br \/>\nD&#8217;eau tranquille et de bois partout environn\u00e9s,<br \/>\nVous go\u00fbtez les bienfaits de la belle nature ;<br \/>\nAllez, vous, afflig\u00e9s qu\u2019un mal secret torture,<br \/>\nY chercher le rem\u00e8de aux cuisantes douleurs.<br \/>\nFuir l\u2019homme et chercher Dieu, c\u2018est le besoin des pleurs ;<br \/>\nEt sous l\u2019ombre des bois, Dieu s\u2019appelle esp\u00e9rance.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai laiss\u00e9 quelques r\u00eaves d\u2019enfance,<br \/>\nPremiers \u00e9lans au ciel des flots seuls entendus,<br \/>\nSoupirs d\u2019une \u00e2me en feu dans les brises perdus.<br \/>\nL\u00e0, j\u2019avais ma compagne, un peu ma s\u0153ur, Lucie !<br \/>\n\u00c9toile dans mon ciel avant l\u2019aube obscurcie !<br \/>\nSon ombre dans la nuit pr\u00e8s de moi vient errer ;<br \/>\nMais le malheur est l\u00e0, qu&#8217;on ne peut conjurer ;<br \/>\nMais la r\u00e9alit\u00e9 sur mes pensers retombe ;<br \/>\nMon souvenir jamais ne heurte que la tombe.<br \/>\nDans mon pass\u00e9, des pleurs ; dans mon pr\u00e9sent, l\u2019effroi,<br \/>\nLe d\u00e9couragement&#8230;.. qu&#8217;adviendra-t-il de moi ?<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; \u00c0 dix-sept ans, que Lucie \u00e9tait belle !<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Quels traits divins ! mon c\u0153ur se les rappelle :<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Elle \u00e9tait p\u00e2le, elle avait de grands yeux,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Un vaste front, de longs et noirs cheveux,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Un doux sourire, un air pensif et tendre ;<br \/>\nOn vantait son esprit plein d\u2019aimable douceur,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Sa bont\u00e9 vive et sa noble candeur.<br \/>\n&nbsp; &nbsp; \u00c0 l\u2019amour vrai si l\u2019on pouvait pr\u00e9tendre,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Qui donc plus qu\u2019elle e\u00fbt os\u00e9 l\u2019esp\u00e9rer ?<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Qui donc plus qu\u2019elle aurait pu l\u2019inspirer ?<br \/>\nUn jour, tout le village avait un air de f\u00eate,<br \/>\nLucie et moi disions ; \u00ab Qu\u2019est-ce donc qui s\u2019appr\u00eate ? \u00bb<br \/>\n&nbsp; &nbsp; On se parait, on courait, on parlait,<br \/>\nEt puis le nom du roi dans les bouches volait.<br \/>\nIl venait, disait-on, visiter notre \u00e9glise ;<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 naissait un bruit de musique ind\u00e9cise<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Par le silence et la brise apport\u00e9 ;<br \/>\nBient\u00f4t tout prit l\u2019aspect d\u2019une solennit\u00e9 ;<br \/>\nDe bancs en un clin d\u2019\u0153il la place fut remplie,<br \/>\nEt la foule appel\u00e9e en gradins \u00e9tablie.<br \/>\nComme aux jours de travail, et le d\u00e9 dans son doigt,<br \/>\nLucie accourt aussi dans son humble toilette ;<br \/>\nLe bruit devint plus clair, on sonna la trompette,<br \/>\nPuis un immense ch\u0153ur cria : Vive le Roi !<br \/>\nC\u2019\u00e9tait lui que suivait sa famille nombreuse ;<br \/>\nJe compterais encor les saluts qu&#8217;il nous fit ;<br \/>\nJ&#8217;entends encor la reine alors qu\u2019elle me dit :<br \/>\n\u00ab Venez aupr\u00e8s de moi, la foule est dangereuse,<br \/>\n\u00ab Et les chevaux aussi, l\u2019on pourait vous blesser. \u00bb<br \/>\nIl \u00e9tait difficile, en effet, d\u2019avancer ;<br \/>\nEt je voulais tout voir, et j\u2019\u00e9tais bien petite.<\/p>\n<p>Nos deux cloches, objet de l\u2019illustre visite,<br \/>\nAvaient donn\u00e9 leurs sons si vibrants et si purs.<br \/>\nLe soleil qui, splendide avait rempli la vo\u00fbte,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; &nbsp; D\u00e9j\u00e0 s\u2019\u00e9levait loin des murs,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Et les chevaux piaffaient sur la route.<br \/>\nC\u2019est que, les chants finis, des pauvres, un moment,<br \/>\nAvaient grossi la foule ; et cet encombrement<br \/>\nRetint le roi longtemps au bas de sa voiture ;<br \/>\nChacun l\u2019accompagnait d\u2019un bienveillant murmure<br \/>\nDont ses fils jouissaient.<\/p>\n<p><span id=\"indent\">Cependant, \u00e0 l\u2019\u00e9cart,<\/span><br \/>\nUn prince, h\u00e9las ! celui qu\u2019a tant pleur\u00e9 la France !<br \/>\nPer\u00e7ait toute la foule avec un doux regard.<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Lui, qu&#8217;entourait une humble d\u00e9f\u00e9rence,<br \/>\nQui donc admirait-il, transport\u00e9, palpitant ?<br \/>\nOn l\u2019attendait en vain. \u2014 Pour qui donc, en partant,<br \/>\nJeta-t-il un long mot d\u2019une voix tendre et forte ?<br \/>\nSur son cheval si fier dont il bridait l\u2019\u00e9lan,<br \/>\n\u00c0 qui donc pensait-il, tandis que triste et lent,<br \/>\nL\u2019\u0153il toujours en arri\u00e8re, il oubliait l\u2019escorte ?<\/p>\n<p>Le soir, comme on parlait du passage du roi,<br \/>\nAu nom du prince a\u00een\u00e9, l\u2019on vit rougir Lucie.<\/p>\n<p>C&#8217;est qu\u2019en la regardant toute \u00e2me \u00e9tait saisie ;<br \/>\nDe sa beaut\u00e9 d\u2019\u00e9lite on subissait la loi ;<br \/>\nEt cependant, tout bas, en passant aupr\u00e8s d\u2019elle,<br \/>\nOn n\u2019avait dit encor que ce mot : \u00ab Elle est belle ! \u00bb<br \/>\nJamais un mot d\u2019amour profond et suppliant,<br \/>\nUn de ces mots qui font que l\u2019on tremble en fuyant,<br \/>\nQu\u2019on m\u00eale un souvenir dans la chaste pri\u00e8re,<br \/>\nN\u2019avait un seul instant abaiss\u00e9 sa paupi\u00e8re.<br \/>\nSans orgueil jouissant de l\u2019admiration,<br \/>\nSon c\u0153ur ne connaissait que notre affection.<br \/>\n\u00ab Ma bonne m\u00e8re et toi, de belles fleurs, un livre,<br \/>\n\u00ab Voil\u00e0 ce qu\u2019il me faut, disait-elle, pour vivre. \u00bb<br \/>\nPuis elle m\u2019emmenait, le soir, pr\u00e8s des buissons,<br \/>\nAimante, et me chantant les plus douces chansons.<br \/>\nOh ! pourquoi cette paix lui fut-elle ravie ?<br \/>\nPourquoi ce voile noir couvrant sa jeune vie,<br \/>\nAlors que belle encor, mais folle de douleur,<br \/>\nSon c\u0153ur noble expiait une trop douce erreur !<\/p>\n<p>Joyeuse, le dimanche, avec les jeunes filles,<br \/>\nElle aimait \u00e0 para\u00eetre au milieu des quadrilles ;<br \/>\nElle dansait une heure et puis s\u2019en revenait ;<br \/>\nL\u2019une ou l\u2019autre \u00e0 son tour chez nous la ramenait.<br \/>\nLa danse la perdit.<\/p>\n<p><span id=\"indent\">Depuis plusieurs dimanches,<\/span><br \/>\nUn homme, beau comme elle, et de mani\u00e8res franches,<br \/>\nUn peu brusques peut-\u00eatre (elle ne le vit pas),<br \/>\nLa regardait \u00e9pris et suivait tous ses pas.<br \/>\nIl se trouvait en tiers parmi ses causeries ;<br \/>\nAlors que fatigu\u00e9e elle \u00e9chappait au bal,<br \/>\nLa poursuivant toujours, lui, sombre esprit du mal,<br \/>\nAllait troubler de peur ses longues r\u00eaveries.<\/p>\n<p>Elle semblait le fuir, mais en parlait chez nous :<br \/>\nUn regard attentif l\u2019aurait vue oppress\u00e9e,<br \/>\nAlors qu\u2019elle semblait combattre une pens\u00e9e.<br \/>\nUne fois, il lui dit : \u00ab Pourquoi me fuyez-vous ? \u00bb<br \/>\nEt soudain ses grands yeux se remplirent de larmes.<\/p>\n<p>Ah ! voil\u00e0 de l\u2019amour les redoutables armes !<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Elle e\u00fbt souri d\u2019un mot pr\u00e9tentieux ;<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Mais la piti\u00e9 l\u2019arr\u00eata, d\u00e9faillante ;<br \/>\nElle vit un regard qui \ufb01t baisser ses yeux ;<br \/>\nUne main prit sa main, une voix suppliante<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Lui dit : \u00ab Je t\u2019aime, et toi, veux-tu m\u2019aimer ? \u00bb<\/p>\n<p>Sentiment d\u2019un c\u0153ur pur, oh ! comment te nommer !<br \/>\nPremier trouble d\u2019une \u00e2me o\u00f9 s\u2019inclinent les anges,<br \/>\nAveux, craintes, bonheur, pressentiments \u00e9tranges !<br \/>\nFaiblesse et dignit\u00e9, passions et vertus,<br \/>\nQuel myst\u00e8re \u00eates-vous dans nos seins combattus ?<\/p>\n<p>Lucie essaie un met, sa voix est impuissante ;<br \/>\nSa main libre \u00e0 son front est froide et fr\u00e9missante ;<br \/>\nLes yeux lev\u00e9s au ciel elle cherche un appui,<br \/>\nCar soudain, \u00e0 son c\u0153ur, un nouveau monde a lui.<br \/>\nIl est d\u2019autres concerts que les chants dans les plaines :<br \/>\nL\u2019amour, le d\u00e9vo\u00fbment, comme deux sources pleines,<br \/>\nO\u00f9 la force du c\u0153ur se puise abondamment,<br \/>\nMurmurent aupr\u00e8s d\u2019elle un cantique entra\u00eenant.<br \/>\nMais la ferveur pieuse en son sein ressuscite ;<br \/>\nElle pense \u00e0 sa m\u00e8re, elle prie, elle h\u00e9site.<br \/>\nAmour ! vie et parfum des c\u0153urs pour d\u2019autres c\u0153urs,<br \/>\nTon charme pur l\u2019\u00e9veille, elle saura tes pleurs.<br \/>\nUn effort s\u2019accomplit dans cette \u00e2me si sainte ;<br \/>\nEt, d\u00e9gageant sa main d\u2019une br\u00fblante \u00e9treinte,<br \/>\n\u00ab Oh ! dit Lucie en\ufb01n, non !&#8230; ne me parlez plus ! \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019habitude a guid\u00e9 ses pas irr\u00e9solus ;<br \/>\nElle revient tremblante, il est tard, on s\u2019alarme ;<br \/>\nDans ses yeux \u00e9gar\u00e9s brille encore une larme ;<br \/>\nMais \u00e0 sa pauvre m\u00e8re elle ne r\u00e9pond pas.<br \/>\n\u00ab Je n\u2019ai rien, \u2014 laissez-moi, \u2014 nous dit-elle tout bas.<\/p>\n<p>Deux ans se sont pass\u00e9s : Lucie est plus r\u00eaveuse ;<br \/>\nElle \u00e9vite le bal et la voix dangereuse<br \/>\nDont les larmes un soir ont d\u00e9cid\u00e9 son sort.<br \/>\nSa joue est quelquefois d\u2019une p\u00e2leur de mort.<br \/>\nPlus de chants, plus de fleurs, plus de sourires m\u00eame !<br \/>\nElle souffre en silence, elle est vaincue, elle aime;<br \/>\nEn\ufb01n il vint un jour de doux \u00e9panchement.<br \/>\nO\u00f9 Lucie \u00e0 sa m\u00e8re avoua son tourment :<br \/>\n\u00ab Qu\u2019une main avait pris, un soir, sa main tremblante,<br \/>\n\u00ab Et qu\u2019un regard profond, et qu&#8217;une voix br\u00fblante,<br \/>\n\u00ab Avaient \u00e9mu son \u00e2me en parlant \u00e0 son c\u0153ur ;<br \/>\n\u00ab Que depuis ce soir-l\u00e0, la crainte et le bonheur<br \/>\n\u00ab Se partageaient ses nuits. \u00bb<\/p>\n<p><span id=\"indent\">\u2014 \u00ab Pauvre enfant ! dit la m\u00e8re,<\/span><br \/>\n\u00ab Va, reste aupr\u00e8s de nous dont l\u2019amour est sinc\u00e8re ;<br \/>\n\u00ab Car lui ne t\u2019aime pas ; je sais tout, j\u2019attendais<br \/>\n\u00ab Le r\u00e9cit douloureux qu\u2019ingrate tu gardais.<br \/>\n\u00ab Que te manque-t-il donc ? que faut-il \u00e0 ta vie,<br \/>\n\u00ab Pour que de nous quitter tu nourrisses l\u2019envie ?<\/p>\n<p>\u00ab S\u2019il en e\u00fbt \u00e9t\u00e9 digne, oh ! je l\u2019aurais aim\u00e9 ;<br \/>\n\u00ab Je lui dirais : Mon \ufb01ls ! \u2014 Mais son c\u0153ur est ferm\u00e9,<br \/>\n\u00ab C\u2019est un homme brutal qui rit de l\u2019innocence,<br \/>\n\u00ab Qui d\u2019inspirer le mal a l\u2019indigne puissance,<br \/>\n\u00ab Et pour l\u2019ange d\u00e9chu demeure sans piti\u00e9.<br \/>\n\u00ab Enfant, comme une fleur qu\u2019\u00e9craserait son pi\u00e9,<br \/>\n\u00ab Il briserait bient\u00f4t ton existence morte.<br \/>\n\u00ab Son \u00e2me est avilie, il faut le fuir, sois forte ! \u00bb<\/p>\n<p>Mais rien ne peut gu\u00e9rir, quand l\u2019amour est profond,<br \/>\nLes blessures du c\u0153ur que les regards se font.<br \/>\nLucie a voulu fuir : un charme la rapproche<br \/>\nDe lui, qui, chaque soir, dans son amer reproche,<br \/>\nLui dit : \u00ab Tu veux ma mort : Eh ! bien je me tuerai !<br \/>\n&nbsp; &nbsp; \u00ab Mais spectre errant, va, je me vengerai ;<br \/>\n\u00ab Je reviendrai, la nuit, t\u2019\u00e9pouvanter en songe ;<br \/>\n&nbsp; &nbsp; \u00ab L\u2019amour, pour toi, n\u2019est-ce donc qu\u2019un mensonge ?<br \/>\n\u00ab Vois mon \u00e9garement, quand tu ne souffres pas ! \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; Deux mois plus tard chacun h\u00e2tait le pas,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Pour admirer, dans l\u2019\u00e9glise remplie,<br \/>\nLucie en mari\u00e9e, heureuse et plus jolie.<br \/>\nLui semblait triomphant ; mais la m\u00e8re pleurait :<br \/>\nLe bonheur lui semblait moins s\u00fbr que le regret.<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; Ce fut deux jours apr\u00e8s le mariage<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Que je quittai pour longtemps le village.<br \/>\nH\u00e9las ! quand j\u2019y ravins !<br \/>\n<span id=\"indent\">Non! jamais le tableau<\/span><br \/>\nQue va repr\u00e9senter mon fid\u00e8le sanglot,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Larme de sang qui sur ces pages tombe,<br \/>\nDuss\u00e9-je encor cent ans solliciter la tombe,<br \/>\nNe quittera mon c\u0153ur :<br \/>\n<span id=\"indent\">Lucie a vingt\u2014deux ans ;<\/span><br \/>\nDans ses bras amaigris sont deux petits enfants ;<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Au bord de l\u2019eau, sur une pierre assise,<br \/>\nOn voit qu\u2019elle combat contre une horrible crise ;<br \/>\nPlus d\u2019esp\u00e9rance au front, de feu dans les regards !<br \/>\nSa belle t\u00eate penche, et ses yeux sont hagards.<br \/>\nUn \u00e9trange frisson, un douloureux sourire,<br \/>\nRident sa l\u00e8vre p\u00e2le o\u00f9 la mort se respire.<br \/>\nJe sortais du bateau ; de loin je l\u2019aper\u00e7ois,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; J\u2019accours : \u2014 \u00ab Qu\u2019as-tu? lui dis-je.<br \/>\n<span id=\"indent\">\u2014 \u00ab Ah! tu le vois,<\/span><br \/>\n\u00ab Dit-elle avec effort&#8230;.. tu le vois, que je souffre !<br \/>\n\u00ab Tous m\u2019ont abandonn\u00e9e, et lui, ne m\u2019aime plus ! \u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9sespoir, mort du c\u0153ur ! oh ! plus effrayant gouffre<br \/>\nQue les gouffres des monts, des pieds inaper\u00e7us !<br \/>\nTout s\u2019y brise et s\u2019y perd ! la rieuse jeunesse,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Que l\u2019avenir long et brillant caresse,<br \/>\nEt l\u2019ardente pens\u00e9e, et l\u2019\u00e2me aux bruits divins !<\/p>\n<p>Aupr\u00e8s d\u2019un bois peupl\u00e9 de murmurants sapins,<br \/>\nEst un lieu visit\u00e9 par la seule pri\u00e8re ;<br \/>\nC\u2019est de deux petits bourgs le commun cimeti\u00e8re,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Lucie est l\u00e0.<\/p>\n<p><span id=\"indent\">Quand la peine a pass\u00e9,<\/span><br \/>\nQuand l\u2019esprit est muet et le c\u0153ur oppress\u00e9,<br \/>\nSi vous venez un jour admirer mon village,<br \/>\nAllez vers les tombeaux, pieux p\u00e8lerinage !<br \/>\nSur une blanche croix votre \u0153il s\u2019arr\u00eatera ;<br \/>\nEt, des pleurs dans la voix, chacun vous apprendra<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Que sous la tombe aux nombreuses couronnes,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; La terre un jour s\u2019ouvrit profond\u00e9ment,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Pour engloutir une superbe enfant ;<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Qu\u2019interrompant ses hymnes monotones,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Le vieux cur\u00e9, que la foule entourait,<br \/>\nS\u2019appuyait contre un arbre et plus que tous pleurait.<\/p>\n<p>Et puis, ne cherchez plus dans mes souvenirs mornes :<br \/>\nLe rire \u00e0 la \ufb01n cesse, et la joie a ses bornes ;<br \/>\nLe mal l\u00e9ger d\u2019un jour s\u2019apaise et s\u2019engourdit ;<br \/>\nMais la douleur profonde avec le temps grandit,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Et rien en moi ne r\u00e9pond que les larmes !<br \/>\nEt pourtant la nature \u00e9tale ses doux charmes ;<br \/>\nEt j\u2019ai parl\u00e9 de bois, d\u2019eau limpide et de fleurs,<br \/>\nEt pourtant mon c\u0153ur bat !<br \/>\n<span id=\"indent\">Coulez longtemps, mes pleurs !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">H\u00e9ricy-sur-Se\u00eene, 1847<\/p>\n<\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/revesetrealites\/\">Retour \u00e0 la table des mati\u00e8res<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00eaves et r\u00e9alit\u00e9 (1856) LUCIE SOUVENIRS, Il est un beau pays domin\u00e9 d\u2019un ch\u00e2teau, O\u00f9 l&#8217;on a les grands bois et le silence et l\u2019eau ; Des rumeurs des cit\u00e9s pas un seul bruit n\u2019arrive ; La Seine s\u2019y repose,&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/malvina-blanchecotte-lucie\/\">Continue Reading &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":6934,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"template-fullwidth.php","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3864"}],"collection":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6934"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3864"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3864\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8580,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3864\/revisions\/8580"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3864"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}