{"id":233,"date":"2016-04-05T19:39:12","date_gmt":"2016-04-05T19:39:12","guid":{"rendered":"http:\/\/colbysites.org\/womenpoets\/madeleine\/"},"modified":"2021-10-31T21:43:45","modified_gmt":"2021-11-01T01:43:45","slug":"madeleine","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/madeleine\/","title":{"rendered":"Malvina Blanchecotte : Madeleine"},"content":{"rendered":"<div id=\"poem\" align=\"center\">\n<p class=\"volume-name\" style=\"text-align: center;\"><em>R\u00eaves et r\u00e9alit\u00e9<\/em> (1856)<\/p>\n<h4 class=\"poem-title\" style=\"text-align: center;\">MADELEINE<\/h4>\n<div id=\"center_block\">\n<p>&nbsp; &nbsp; Avec sa joie, avec sa peine,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Avec ses chants et ses soupirs,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Voici ma tendre Madeleine,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Le plus cher de mes souvenirs.<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Reliez dans votre m\u00e9moire<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Ces manuscrits que j\u2019ai trouv\u00e9s,<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Et vous aurez sa fra\u00eeche histoire<br \/>\n&nbsp; &nbsp; Dans ces fragments inachev\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">I<\/p>\n<p>Oh ! oui, je serai l\u00e0, toujours active et tendre,<br \/>\nSouffrant de tes douleurs et souriant pour toi !<br \/>\nTes plus muets soupirs, je saurai les entendre :<br \/>\nCe qu&#8217;\u00e9prouve ton c\u0153ur a son \u00e9cho dans moi !<br \/>\nPlus de chants ! je veux vivre attach\u00e9e \u00e0 ta peine ;<br \/>\nLa brise effleure en vain mon front jeune et r\u00eaveur :<br \/>\nJe veux \u00eatre \u00e0 tes pieds l\u2019aimante Madeleine,<br \/>\n<span id=\"indent\">La Madeleine du Sauveur !<\/span><\/p>\n<p>Mon \u00e2me t\u2019est connue, et tu sais qu\u2019elle est forte !<br \/>\nComme elle sait t\u2019aimer, elle saurait souffrir !<br \/>\nLaisse donc tes fardeaux pour que mon c\u0153ur les porte,<br \/>\nLaisse-moi tes chagrins dont je veux me nourrir !<br \/>\nDe pr\u00e9coces regrets mon enfance fut pleine ;<br \/>\nEn m\u2019oubliant pour toi j\u2019ai trouv\u00e9 le bonheur :<br \/>\nJe veux \u00eatre \u00e0 tes pieds I\u2019aimante Madeleine,<br \/>\n<span id=\"indent\">La Madeleine du Sauveur !<\/span><\/p>\n<p>Tout ce dont le c\u0153ur bat, religion, g\u00e9nie,<br \/>\nCe qui fait le regard perdu dans le ciel bleu,<br \/>\nTout ce qui grandit l&#8217;\u00e2me \u00e0 l&#8217;id\u00e9al unie,<br \/>\nSagesse, extase, gloire, amour pur dit \u00e0 Dieu !<br \/>\nCe qui donne \u00e0 nos fronts une fiert\u00e9 soudaine,<br \/>\nTout r\u00eave se r\u00e9sume au r\u00eave de mon c\u0153ur :<br \/>\nJe veux \u00eatre a tes pieds l\u2019aimante Madeleine,<br \/>\n<span id=\"indent\">La Madeleine du Sauveur !<\/span><\/p>\n<p>Que le ciel resplendisse et que l\u2019onde murmure,<br \/>\nMon hymne d\u00e9sormais sera mon d\u00e9vo\u00fbment !<br \/>\nJe ne verrai plus rien dans l\u2019immense nature<br \/>\nQue ton \u0153il assombri d\u2019un incessant tourment.<br \/>\nLi\u00e9e \u00e0 tes destins, que ta tombe me prenne !<br \/>\nPourquoi vivre ? \u00e0 quoi bon, sans but consolateur !<br \/>\nJe veux \u00eatre \u00e0 tes pieds l\u2019aimante Madeleine,<br \/>\n<span id=\"indent\">La Madeleine du Sauveur !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">II<\/p>\n<p>Je croyais autrefois que je pouvais t\u2019aimer,<br \/>\nT\u2019aimer sans ton amour, t\u2019aimer sans te le dire ;<br \/>\nJe croyais que te voir aurait pu me suffire ;<br \/>\nC\u2019\u00e9tait l\u00e0 mon seul v\u0153u : te voir ou te nommer !<\/p>\n<p>Je recueillais les mots de ton indiff\u00e9rence,<br \/>\nEt j\u2019y r\u00eavais tranquille, insoucieuse enfant !<br \/>\nAh ! pourquoi n\u2019ai-je plus la candide ignorance<br \/>\nQui nous laisse au bonheur dont rien ne nous d\u00e9fend !<\/p>\n<p>Je ne rougissais pas quand d\u2019ardentes paroles<br \/>\nTrahissaient d\u2019autres c\u0153urs les sentiments pour toi ;<br \/>\nJe t\u2019aurais r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ces douloureux symboles,<br \/>\nHeureuse de t&#8217;en voir heureuse aupr\u00e8s de moi !<\/p>\n<p>Maintenant tout a fui ; je sais trop mon angoisse&#8230;<br \/>\nLorsqu\u2019une autre te parle, un doute \u00e9treint mon c\u0153ur ;<br \/>\nJe ne crois plus alors qu\u2019\u00e0 tout ce qui me froisse,<br \/>\nJe crois \u00e0 mon amour, je crois \u00e0 ma douleur !<\/p>\n<p>Une larme toujours au bord de ma paupi\u00e8re,<br \/>\nDans ma tremblante voix un d\u00e9chirant regret,<br \/>\nMon front pench\u00e9, mon front que je portais si fi\u00e8re,<br \/>\nTout, dans ma sombre peine, oh ! tout te l\u2019apprendrait !<\/p>\n<p>D\u00e9daigneux de l\u2019hommage et d\u00e9daigneux de l\u2019homme,<br \/>\nDieu re\u00e7oit tous nos v\u0153ux : comme un Dieu je t\u2019aimais !<br \/>\nMais ce n\u2019est plus assez qu\u2019absent mon c\u0153ur te nomme,<br \/>\nTe voir indiff\u00e9rent c\u2019est trop peu d\u00e9sormais !<\/p>\n<p>Que dis-je ? c\u2019est assez pour clore en\ufb01n ma vie !<br \/>\nAh ! pourquoi de mes maux voiler la profondeur ?<br \/>\nAlors qu\u2019un mot de toi faisait ma seule envie,<br \/>\nJe n\u2019avais pas encor g\u00e9mi sur ta froideur.<\/p>\n<p>Qu\u2019ai-je donc arrach\u00e9 du secret de mon \u00e2me ?<br \/>\nTaisez-vous, vains sanglots ! mourez, \u00e9lans de feu !<br \/>\nQu\u2019en votre sein, Dieu bon ! p\u00e9risse mon aveu !<br \/>\nJ\u2019aimerai comme un ange et non comme une femme !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">III<\/p>\n<p>Va ! tu peux dans la vie affronter les tristesses !<br \/>\nTu portes sur ton c\u0153ur un talisman sacr\u00e9.<br \/>\nParmi tant de rivaux qui briguaient mes tendresses,<br \/>\n<span id=\"indent\">Seul tu fus ador\u00e9 !<\/span><\/p>\n<p>Le bonheur, a-t-on dit, donne une paix profonde,<br \/>\nUne s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui d\u00e9fierait la mort.<br \/>\nVa donc, joyeux et fier, le front haut dans le monde,<br \/>\n<span id=\"indent\">Et b\u00e9nissant ton sort !<\/span><\/p>\n<p>Le souvenir divin d\u2019un amour ineffable<br \/>\nEst un riant soleil dont l\u2019homme est caress\u00e9,<br \/>\nEt qui fait sur ses jours de peine in\u00e9vitable<br \/>\n<span id=\"indent\">Rayonner le pass\u00e9.<\/span><\/p>\n<p>Ah ! que j\u2019eusse donn\u00e9 de mes jours de tourmente,<br \/>\nDe mes biens, si les biens fussent mont\u00e9s \u00e0 moi,<br \/>\nPour \u00eatre un seul moment parmi ma vie errante,<br \/>\n<span id=\"indent\">Aim\u00e9e ainsi que toi !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">IV<\/p>\n<p>Ma fiert\u00e9 s\u2019abusait : j\u2019avais cru qu\u2019offens\u00e9e,<br \/>\nMon d\u00e9dain deviendrait semblable \u00e0 ton d\u00e9dain ;<br \/>\nL&#8217;indiff\u00e9rence en\ufb01n d\u00e9gageait ma pens\u00e9e,<br \/>\nMa bouche \u00e9tait riante et mon regard serein.<\/p>\n<p>Comme d\u2019un sein ouvert la main arrache une arme,<br \/>\nLe remords d\u00e9chirait mon c\u0153ur pour le gu\u00e9rir ;<br \/>\nJ\u2019en avais arrach\u00e9 ton nom, sans une larme !<br \/>\nSans pressentir qu\u2019un jour il m\u2019en faudrait mourir.<\/p>\n<p>Mais le calme est menteur lorsque l\u2019\u00e2me est profonde,<br \/>\nLe sentiment survit au courage envol\u00e9 :<br \/>\nBient\u00f4t s\u2019\u00e9teint l&#8217;espoir que l\u2019illusion fonde,<br \/>\nOn s\u2019\u00e9coute souffrir, plus seul, plus d\u00e9sol\u00e9.<\/p>\n<p>Notre vie est li\u00e9e au secret qui l\u2019\u00e9pure :<br \/>\nQuiconque se croit fort n\u2019est que pr\u00e9somptueux.<br \/>\nLe souvenir rena\u00eet et rouvre la blessure<br \/>\nDans mon c\u0153ur \u00e9puis\u00e9 d\u2019efforts infructueux.<\/p>\n<p>Ah ! puisque je n\u2019ai pu d\u00e9raciner ma peine,<br \/>\nEt puisque mon regret sanglote encore en moi.<br \/>\nJe souris \u00e0 ce mal qui vers toi me ram\u00e8ne,<br \/>\nJe ch\u00e9ris ma douleur, qui me parle de toi !<\/p>\n<p>Que pourrait ton d\u00e9dain et que pourrait le monde ?<br \/>\nTout noble sentiment est \u00e9man\u00e9 des cieux.<br \/>\nIl n\u2019est qu&#8217;un but sacr\u00e9 dans mon c\u0153ur que Dieu sonde :<br \/>\nD\u00e9sint\u00e9ressement et d\u00e9vo\u00fbment pieux.<\/p>\n<p>Je t\u2019aime pour t\u2019aimer et non pour que tu m\u2019aimes !<br \/>\nT\u2019ai-je jamais parl\u00e9 de mon d\u00e9chirement ?<br \/>\nJ\u2019ai su trouver en moi deux ressources supr\u00eames :<br \/>\nL\u2019amour du sacrifice et de l&#8217;isolement.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">V<\/p>\n<p>Ne me regarde pas ainsi : j\u2019ai peur, h\u00e9las !<br \/>\nJ&#8217;ai peur de trop penser \u00e0 toi dans le silence ;<br \/>\nJ\u2019ai peur de trop souffrir un jour de ton absence ;<br \/>\nJ\u2019ai peur&#8230;..j\u2019ai peur de moi : ne me regarde pas !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">VI<\/p>\n<p>Pourquoi t\u2019ai-je connu ? pourquoi ma route sombre<br \/>\nS\u2019est-elle illumin\u00e9e un jour de ton regard ?<br \/>\nPourquoi n\u2019ai-je pas fui ce mirage o\u00f9 je sombre ?&#8230;<br \/>\nJe le pouvais hier : aujourd\u2019hui c\u2019est trop tard !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">VII<\/p>\n<p>Oh ! laissez-moi toujours vous d\u00e9voiler mon \u00e2me,<br \/>\nOh ! laissez-moi toujours vous parler comme \u00e0 Dieu !<br \/>\n\u00c0 vous les chants r\u00eaveurs et les \u00e9lans de flamme<br \/>\n<span id=\"indent\">De ma pens\u00e9e en feu !<\/span><\/p>\n<p>\u00c0 vous mon c\u0153ur ardent, vieux avant les ann\u00e9es,<br \/>\nC\u0153ur abattu, mais \ufb01er, o\u00f9 vous lirez des pleurs !<br \/>\nIl veut, lui qui r\u00eavait les hautes destin\u00e9es,<br \/>\n<span id=\"indent\">Une tombe et des fleurs.<\/span><\/p>\n<p>Pourtant il vibre encore au grand mot de g\u00e9nie !<br \/>\nEtude, art, d\u00e9vo\u00fbment, patrie, et toi, vertu !<br \/>\nTu fais encor divins mes r\u00eaves d\u2019insomnie,<br \/>\n<span id=\"indent\">Mon regret est vaincu !<\/span><\/p>\n<p>Ce qu&#8217;en moi Dieu \ufb01t noble existe-il encore ?<br \/>\nO cieux \u00e9blouissants, \u00f4 montagnes, \u00f4 mer,<br \/>\nVous saurez donc un jour le feu qui me d\u00e9vore<br \/>\n<span id=\"indent\">Sous mon pr\u00e9coce hiver !<\/span><\/p>\n<p>Ces enivrants transports m\u2019ont fait braver la haine ;<br \/>\nIls donnent de la force aux c\u0153urs calomni\u00e9s.<br \/>\nPourtant ils ne sauraient triompher de ma peine<br \/>\n<span id=\"indent\">Si vous m&#8217;abandonniez !<\/span><\/p>\n<p>Si vous n\u2019entendiez plus la voix de ma pri\u00e8re,<br \/>\nMon front pur dans mes mains comme un front d\u00e9grad\u00e9,<br \/>\nJe dirais \u00e0 mon Dieu : Rends mon corps \u00e0 la terre,<br \/>\n<span id=\"indent\">Mon calice est vid\u00e9 !<\/span><\/p>\n<p>Oh ! laissez-moi toujours vous d\u00e9voiler mon \u00e2me,<br \/>\nOh ! laissez-moi toujours vous parler comme \u00e0 Dieu !<br \/>\n\u00c0 vous mes chants ail\u00e9s, \u00e0 vous mon c\u0153ur de femme<br \/>\n<span id=\"indent\">Et ma pens\u00e9e en feu !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">VIII<\/p>\n<p>Aux arbres que le vent secoue,<br \/>\nAu flot qui roule en murmurant,<br \/>\nAux monts \u00e9lev\u00e9s o\u00f9 se joue<br \/>\nLe re\ufb02et du jour expirant ;<br \/>\n\u00c0 la lune, \u00e0 la blanche \u00e9toile,<br \/>\n\u00c0 la fleur sur le vert gazon,<br \/>\nQue le ciel rayonne ou se voile,<br \/>\n<span id=\"indent\">Je dis son nom !<\/span><\/p>\n<p>\u00c0 ceux qu&#8217;un poids divin oppresse,<br \/>\nAlt\u00e9r\u00e9s du bonheur de tous,<br \/>\nQu\u2019au matin l&#8217;on flatte, on caresse,<br \/>\nQu\u2019au soir l\u2019on destine aux verroux ;<br \/>\n\u00c0 ceux-l\u00e0, pauvres fous sublimes,<br \/>\nQui n\u2019encensent que la raison,<br \/>\nDu g\u00e9nie illustres victimes,<br \/>\n<span id=\"indent\">Je dis son nom !<\/span><\/p>\n<p>Oh ! surtout aux fronts pleins d\u2019extase,<br \/>\nOh ! surtout aux c\u0153urs pleins d\u2019amour,<br \/>\n\u00c0 ceux qu\u2019un feu secret embrase<br \/>\nEt que blesse l&#8217;\u00e9clat du jour ;<br \/>\n\u00c0 ceux qui n&#8217;ont plus d&#8217;esp\u00e9rance<br \/>\nEt qui, bris\u00e9s, disent : Pardon !<br \/>\n\u00c0 la Pri\u00e8re, \u00e0 la Souffrance,<br \/>\n<span id=\"indent\">Je dis son nom !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">IX<\/p>\n<p>Tu m\u2019as demand\u00e9 de l&#8217;amour,<br \/>\nPour ton \u00e2me tu veux mon \u00e2me,<br \/>\nComme il faut au d\u00e9clin du jour<br \/>\nUn long et doux rayon de flamme !<br \/>\nTu veux comme un ami vainqueur<br \/>\nEt mes larmes et mon sourire :<br \/>\nToi qui sans cesse oses le dire,<br \/>\nMon c\u0153ur est donc cher \u00e0 ton c\u0153ur ?<\/p>\n<p>Il est donc vrai que ma parole,<br \/>\nTendre et toujours pleine de pleurs,<br \/>\nPoss\u00e8de un charme qui console<br \/>\nLe lourd secret de tes douleurs !<br \/>\nIl est donc vrai que dans la mienne<br \/>\nTa main tressaille, et que tu veux<br \/>\nQu\u2019\u00e0 genoux je lise en tes yeux<br \/>\nDes aveux dont je me souvienne !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">X<\/p>\n<p>Va ! ne te souviens plus, je te rends tes promesses !<br \/>\nJamais plus ici-bas nous ne nous reverrons :<br \/>\nTon c\u0153ur s\u2019est repenti de son r\u00eave d\u2019ivresses ;<br \/>\nIl a bris\u00e9 l\u2019image o\u00f9 se liaient deux noms.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019amour ! Jamais plus en silence<br \/>\nNos regards ne diront le mot qui les charmait ;<br \/>\nLe r\u00e9veil a dict\u00e9 ton \u00e9ternelle absence ;<br \/>\nTon \u00e2me a reni\u00e9 l\u2019autre \u00e2me qui t\u2019aimait.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019amour ! Jamais plus enlac\u00e9es<br \/>\nNos mains ne s\u2019uniront pour se parler tout bas ;<br \/>\nJamais plus ne luiront \u00e0 travers tes pens\u00e9es<br \/>\nLes souvenirs d\u2019un jour qu\u2019ont refoul\u00e9s tes pas.<\/p>\n<p>Le r\u00e9veil te soit doux, moi, j\u2019aimais mieux le songe !<br \/>\nLe bonheur dans l\u2019oubli, pour moi c\u2019est le regret ;<br \/>\nEt je garde en mon c\u0153ur le douloureux mensonge<br \/>\nO\u00f9 vit toute ma vie au fond de mon secret !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">XI<\/p>\n<p>Puisque tu n\u2019en veux pas de cette \u00e2me qui t&#8217;aime,<br \/>\nLaisse-la se fermer pour ne plus se rouvrir ;<br \/>\nLaisse-la dans son ombre et dans son deuil supr\u00eame,<br \/>\n<span id=\"indent\">Achever de mourir !<\/span><\/p>\n<p>Oh ! qu\u2019elle avait pourtant d\u2019aust\u00e8res confidences<br \/>\n\u00c0 verser dans le c\u0153ur qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait \u00e9lu !<br \/>\nEt qu\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pur ce secret de souffrances<br \/>\n<span id=\"indent\">Dont tu n\u2019as pas voulu !<\/span><\/p>\n<p>C\u2019est bien : parmi le monde il est bien d\u2019autres femmes,<br \/>\nIl est bien d\u2019autres c\u0153urs du d\u00e9vo\u00fbment \u00e9pris !<br \/>\nD\u2019autres brillants regards te renverront leurs flammes<br \/>\n<span id=\"indent\">Et seront mieux compris !<\/span><\/p>\n<p>Qu\u2019importe s\u2019il te manque un \u00e9cho de toi-m\u00eame,<br \/>\n\u00c0 travers ce tumulte et ces plaisirs fi\u00e9vreux !<br \/>\nPuisque tu n&#8217;en veux pas de cette \u00e2me qui t\u2019aime,<br \/>\n<span id=\"indent\">Oublie, et sois heureux !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">XII<\/p>\n<p>Je ne veux plus aimer : l\u2019amour a trop de larmes !<br \/>\nMais pourquoi donc ce r\u00eave et ce long souvenir ?<br \/>\nPourquoi donc tristement resonger avec charmes<br \/>\n\u00c0 ce doux entretien qui n\u2019e\u00fbt pas d\u00fb finir !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">XIII<\/p>\n<p>Qui ? moi ! ne plus t\u2019aimer ! moi ! n\u2019\u00eatre plus tremblante,<br \/>\nNe plus devenir p\u00e2le en t\u2019entendant nommer !<br \/>\nNe plus sentir le trouble en mon \u00e2me br\u00fblante !<br \/>\nMoi ! qu\u2019ont-ils dit, mon Dieu ! puis-je ne plus t\u2019aimer !<\/p>\n<p>Puis-je de ma pens\u00e9e arracher ton image ?<br \/>\nAvant de t\u2019oublier j\u2019aurais oubli\u00e9 Dieu !<br \/>\nTon nom, c\u2019est ma pi\u00e9t\u00e9, c\u2019est l\u2019immortel langage<br \/>\nQui monte de mon c\u0153ur jusqu\u2019aux sph\u00e8res de feu.<\/p>\n<p>Parce que la fiert\u00e9 m\u2019a faite imp\u00e9n\u00e9trable,<br \/>\nCeux qui raillaient d\u2019abord se sont tromp\u00e9s sur moi ;<br \/>\nToi seul as le secret de mon r\u00eave ineffable ;<br \/>\nQuand le monde me croit \u00e0 lui, je suis \u00e0 toi !<\/p>\n<p>Oh ! la souffrance \u00e0 deux, le d\u00e9dain de la foule,<br \/>\nLes longs soupirs du c\u0153ur dans un autre entendus !<br \/>\nOh ! l\u2019in\ufb01ni divin qui dans nous se d\u00e9roule,<br \/>\nQuand tout horizon manque aux regards \u00e9perdus !<\/p>\n<p>Quand l\u2019\u00e2me ne vit plus que dans l\u2019\u00e2me ador\u00e9e,<br \/>\nQuand tout bruit d\u2019ici-bas en vain frappe nos sens,<br \/>\nQue nous croyons saisir la vision sacr\u00e9e<br \/>\nQue poursuivaient jadis nos efforts impuissants !<\/p>\n<p>J\u2019ai fait depuis longtemps mes adieux \u00e0 la terre ;<br \/>\nPourquoi de ces rumeurs me poursuivre toujours ?<br \/>\nImportuns que j\u2019ai fuis, laissez-moi solitaire,<br \/>\nEt ne mesurez pas mon culte \u00e0 vos amours.<\/p>\n<p>Ce monde qui s\u2019\u00e9tonne et qui nous calomnie,<br \/>\nCroit-il que je renonce \u00e0 ce qu\u2019il ne sent pas ?<br \/>\nQue mon c\u0153ur, d\u00e9bordant d\u2019une ivresse in\ufb01nie,<br \/>\nPeut renverser la coupe ou peut s\u2019en montrer las ?<\/p>\n<p>O flots grondants de l\u2019\u00e2me, \u00f4 c\u00e9leste myst\u00e8re,<br \/>\nVestige de grandeur, de l&#8217;\u00c9den emport\u00e9 !<br \/>\nDivin bonheur d\u2019aimer, seul bonheur de la terre,<br \/>\nGage et pressentiment de notre \u00e9ternit\u00e9 !<\/p>\n<p>Tu n\u2019as pas un regret, rien qui ne m\u2019appartienne,<br \/>\nTa vie avec ma vie est li\u00e9e \u00e0 jamais ;<br \/>\nTes tourments sont les miens, ta souffrance est la mienne :<br \/>\nJ\u2019ai m\u00e9rit\u00e9 ce droit que seul je r\u00e9clamais.<\/p>\n<p>Oui, le droit de souffrir lorsque ton \u00e2me souffre,<br \/>\nEt de revendiquer l\u2019infortune pour moi !<br \/>\nLorsque ta jeune vie \u00e9tait belle et sans gouffre,<br \/>\nJe ne demandais pas d&#8217;\u00eatre heureuse avec toi.<\/p>\n<p>Mais, quand l\u2019heure a sonn\u00e9, j\u2019ai voulu te comprendre :<br \/>\nPour panser ta douleur, j\u2019ai fait douce ma main ;<br \/>\nO\u00f9 tu devais passer j\u2019ai couru pour r\u00e9pandre<br \/>\nLes parfums de mon c\u0153ur tout le long du chemin.<\/p>\n<p>Oh ! moi ! ne plus t\u2019aimer ! qui donc a pu le dire ?<br \/>\nRien n&#8217;est beau, rien n\u2019est bon pour mon \u00e2me sans toi,<br \/>\nEt pour que je sourie il me faut ton sourire !<br \/>\nQuoi ! vivre pour moi seule ! oh ! ne plus t\u2019aimer, moi !<\/p>\n<p>Il pleut de ton regard dans le mien tant de flamme,<br \/>\nTon c\u0153ur a pour mon c\u0153ur tant de secrets divins,<br \/>\nQue j\u2019\u00e9coute chanter le bonheur en mon \u00e2me,<br \/>\nComme on \u00e9coute aux cieux l\u2019hymne des s\u00e9raphins.<\/p>\n<p>Le jour o\u00f9 d\u2019autres noms, brillants fleurons du monde,<br \/>\nRendraient, fascinateurs, mes v\u0153ux irr\u00e9solus,<br \/>\nQu\u2019on appr\u00eate \u00e0 l\u2019\u00e9cart une tombe profonde :<br \/>\nMon c\u0153ur serait \u00e9teint si je ne t\u2019aimais plus!<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">XIV<\/p>\n<p>Le saura-t-il jamais tout ce que dans mon \u00e2me<br \/>\nS\u2019est \u00e9touff\u00e9 de pleurs, refoul\u00e9 de sanglots ?<br \/>\nSait-il ce qu\u2019a souffert mon triste c\u0153ur de femme<br \/>\nO\u00f9 tant de r\u00eaves chers sont morts \u00e0 peine \u00e9clos ?<br \/>\nN\u2019aura-t-il jamais lu dans ma sombre paupi\u00e8re ?<br \/>\nMon sourire a-t-il pu lui para\u00eetre joyeux ?<br \/>\nSi devant lui bient\u00f4t passe ma froide bi\u00e8re,<br \/>\nNe sentira-t-il pas une larme \u00e0 ses yeux ?<br \/>\nIl ne trouvait donc pas que ma voix \u00e9tait tendre ?<br \/>\nIl n\u2019a donc pas compris \u00e0 quel point je l\u2019aimais ?<br \/>\nAh ! ce que j\u2019aurais fait s\u2019il avait pu m\u2019entendre.<br \/>\n<span id=\"indent\">Le saura-t-il jamais !<\/span><\/p>\n<p>Non ! il ne saura pas mon amour et ma peine !<br \/>\nAu fond de mon sourire il n\u2019a pas vu mes pleurs.<br \/>\nSi quelquefois sa main a trembl\u00e9 dans la mienne,<br \/>\nC\u2019\u00e9tait distraction : son \u00e2me \u00e9tait ailleurs !<br \/>\nMe voyant tous les jours riante et courageuse,<br \/>\nSans lui parler jamais de mes propres tourments,<br \/>\nIl s\u2019est dit dans son c\u0153ur : Oh ! comme elle est heureuse !<br \/>\nEt je suis l\u00e0 toujours, cherchant \u00e0 tous moments<br \/>\nCe que je puis tenter pour lui qui m\u2019abandonne ;<br \/>\nPour lui le monde a su qu&#8217;\u00e0 tout je me soumets :<br \/>\nLui seul par qui je meurs, mais \u00e0 qui je pardonne,<br \/>\n<span id=\"indent\">Ne le saura jamais !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">XV<\/p>\n<p>Je d\u00e9shabituerai mon c\u0153ur et ma pens\u00e9e<br \/>\nDe cet ingrat amour dont j\u2019ai l\u2019\u00e2me lass\u00e9e ;<br \/>\nC&#8217;est trop longtemps souffrir, c\u2019est trop longtemps r\u00eaver,<br \/>\nIl est temps d\u2019\u00eatre fort et de se relever.<\/p>\n<p>C\u2019est bien assez tromper d\u2019esp\u00e9rances menteuses<br \/>\nCet id\u00e9al besoin d&#8217;impossible bonheur ;<br \/>\nC\u2019est bien assez errer \u00e0 ces clart\u00e9s douteuses !<br \/>\nDe cet ingrat amour d\u00e9sabusons mon c\u0153ur.<\/p>\n<p>Seule, seule toujours ! eh bien ! pourquoi ces plaintes ?<br \/>\nLa mort est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce chemin d\u00e9sert :<br \/>\nLa mort a bien aussi de supr\u00eames \u00e9treintes,<br \/>\nLa mort est un ab\u00eeme o\u00f9 la douleur se perd.<\/p>\n<p>Ah ! l\u2019on enfermera pour jamais sous la tombe<br \/>\nTant d\u2019infinis \u00e9lans de confiant amour !<br \/>\nSans un mot de regret c&#8217;est ainsi que je tombe !<br \/>\nC\u2019est ainsi que la nuit vient m\u2019arracher au jour !<\/p>\n<p>J\u2019ai follement donn\u00e9 ma vie avec mon \u00e2me,<br \/>\nJ\u2019ai follement aim\u00e9 qui ne m\u2019aima jamais !<br \/>\nEt voil\u00e0 qu&#8217;en retour d\u2019une immortelle flamme,<br \/>\nEn retour des tr\u00e9sors purs que je renfermais ;<\/p>\n<p>En retour des secrets de tendresse ineffable,<br \/>\nDes d\u00e9vo\u00fbments profonds d\u2019un esprit \u00e9perdu,<br \/>\nLe d\u00e9dain accablant, le d\u00e9dain implacable<br \/>\nM\u2019attendait sur ma route et, seul, m&#8217;a r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>C&#8217;est bien : le terme est pr\u00e8s ! que la tombe me couvre !<br \/>\nMeurs, \u00f4 mon \u00e2me en feu ! meurs, \u00f4 c\u0153ur d\u00e9daign\u00e9 !<br \/>\nMeurs, \u00f4 sombre regard ! que nul pleur ne te rouvre !<br \/>\nDompter ainsi son mal, c\u2019est \u00eatre r\u00e9sign\u00e9.<\/p>\n<p>Je d\u00e9shabituerai mon c\u0153ur et ma pens\u00e9e<br \/>\nDe cet ingrat amour dont j\u2019ai l&#8217;\u00e2me lass\u00e9e ;<br \/>\nC\u2019est bien assez souffrir, c&#8217;est bien assez r\u00eaver :<br \/>\nIl est temps d\u2019\u00eatre fort et de se relever.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">XVI<\/p>\n<p>Plus de plaintes. plus de murmures !<br \/>\nNions que nous ayons souffert,<br \/>\nEt cicatrisons nos blessures<br \/>\nPour que rien n\u2019en soit d\u00e9couvert.<br \/>\nMais si la mort en\ufb01n arrive,<br \/>\nEmbrassons-la, disons : Merci !<br \/>\nEnferme toute, enferme vive,<br \/>\nO tombe ch\u00e8re, enferme ici<br \/>\nUne \u00e2me en qui rien ne survive !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00c9PILOGUE<\/p>\n<p>Comme ses s\u0153urs inconsol\u00e9es,<br \/>\nJobbie, Henrietta, Lucy,<br \/>\nAnges enfants, femmes voil\u00e9es,<br \/>\nComme Blanche, grande \u00e2me aussi,<br \/>\nMadeleine, ma plus aimante,<br \/>\nLongtemps a v\u00e9cu parmi nous :<br \/>\nSa voix \u00e9tait fr\u00eale et charmante,<br \/>\nSon regard \u00e9tait humble et doux.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Paris, 1850<\/p>\n<\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/revesetrealites\/\">Retour \u00e0 la table des mati\u00e8res<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00eaves et r\u00e9alit\u00e9 (1856) MADELEINE &nbsp; &nbsp; Avec sa joie, avec sa peine, &nbsp; &nbsp; Avec ses chants et ses soupirs, &nbsp; &nbsp; Voici ma tendre Madeleine, &nbsp; &nbsp; Le plus cher de mes souvenirs. &nbsp; &nbsp; Reliez dans votre&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/madeleine\/\">Continue Reading &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"template-fullwidth.php","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/233"}],"collection":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=233"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/233\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8581,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/233\/revisions\/8581"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=233"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}