{"id":2018,"date":"2017-03-14T00:25:14","date_gmt":"2017-03-14T04:25:14","guid":{"rendered":"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/?page_id=2018"},"modified":"2025-06-10T16:01:05","modified_gmt":"2025-06-10T20:01:05","slug":"aurevoir","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/siefert\/works-9\/aurevoir\/","title":{"rendered":"Louisa Siefert : Au revoir"},"content":{"rendered":"<div id=\"poem\" align=\"center\">\n<p class=\"volume-name\" style=\"text-align: center;\"><em>Po\u00e9sies in\u00e9dite<\/em>s (1881)<\/p>\n<h4 class=\"poem-title\" style=\"text-align: center;\">Au Revoir<\/h4>\n<div id=\"center_block\">\n<p>Grand&#8217;m\u00e8re, a\u0300 ce moment affreux de son de\u0301part<br \/>\nOu\u0300, l&#8217;angoisse perc\u0327ant nos c\u0153urs de part en part,<br \/>\nLes pleurs les plus amers nous baignaient le visage,<br \/>\nPlus forte que nous tous en de\u0301pit de ton \u00e2ge,<br \/>\nTu lui dis : Au revoir ! quand nous disions : Adieu !<br \/>\nPuis, calme, tu mourus en nous parlant de Dieu.<br \/>\nEt sept ans ont passe\u0301 depuis qu&#8217;au cimetie\u0300re<br \/>\nNous avons sur ton front scelle\u0301 la lourde pierre,<br \/>\nTandis que, malgre\u0301 moi, je pensais a\u0300 ce mot,<br \/>\nQue toi seule lui dis en regardant la\u0300-haut,<br \/>\nEt que je soupirais de l&#8217;ironie intense<br \/>\nQue formait ton cercueil avec cette espe\u0301rance.<br \/>\nEh bien ! tu disais vrai, grand&#8217;me\u0300re ; il fut un jour<br \/>\nOu\u0300, joyeux, nous avons attendu son retour,<br \/>\nOu\u0300 chacun s&#8217;est leve\u0301 de grand matin pour e\u0302tre<br \/>\nLe premier sur la route a\u0300 le voir apparai\u0302tre ;<br \/>\nOu\u0300 nous avons cri\u00e9 : Le voila\u0300 ! le voila\u0300 !<br \/>\nEt rendu gra\u0302ce au ciel qui permettait cela<br \/>\nApre\u0300s tant de tourment, de souffrance et de lutte.<br \/>\n\u2014Un jour ? Non, c&#8217;e\u0301tait trop, une heure, une minute ;<br \/>\nCar, \u2014 o\u0302 fatalite\u0301 du destin inconnu ! \u2014<\/p>\n<p>Ce n&#8217;e\u0301tait pas pour nous qu&#8217;il e\u0301tait revenu,<br \/>\nEt qu&#8217;il avait franchi la moitie\u0301 de la terre ;<br \/>\nC&#8217;e\u0301tait pour toi, la morte, et pour ton grand myste\u0300re,<br \/>\nPuisque, de ce voyage immense encore las,<br \/>\nIl a refait celui d&#8217;ou\u0300 l&#8217;on ne revient pas.<\/p>\n<p>Grand&#8217;me\u0300re, il est couche\u0301 maintenant a\u0300 ton ombre ;<br \/>\nIl est alle\u0301 fide\u0300le a\u0300 ton rendez-vous sombre,<br \/>\nLui, si jeune et si fier, me\u0301lancolique et beau&#8230;<br \/>\nHorreur ! ton Au revoir ! e\u0301tait dans le tombeau !<\/p>\n<p>Qui nous re\u0301pond pourtant que tu t&#8217;y sois trouve\u0301e<br \/>\nPour lui tendre les bras lors de son arrive\u0301e ?<br \/>\nQu&#8217;est-il reste\u0301 de toi sous les plis du linceul ?<br \/>\nN&#8217;est-il pas a\u0300 son tour formidablement seul<br \/>\nPour te suivre de loin dans ce gouffre ou\u0300 le re\u0302ve<br \/>\nCraint autant que la route ou s&#8217;allonge ou s&#8217;ache\u0300ve ?<br \/>\nNe nous aura-t-il pas de beaucoup devance\u0301s<br \/>\nQuand apre\u0300s lui, plus tard, nous serons tre\u0301passe\u0301s ?<br \/>\nOu\u0300 serez-vous tous deux, et grand-pe\u0300re et les autres<br \/>\nQu&#8217;autrefois nous avions aime\u0301s et sentis no\u0302tres,<br \/>\nEt qui s&#8217;en sont alle\u0301s inertes, sans avoir<br \/>\nUn mot de souvenir, de pardon ou d&#8217;espoir ?<\/p>\n<p>Mais pourquoi demander a\u0300 qui ne peut entendre !<br \/>\nVotre sourire e\u0301tait ce qu&#8217;il fallait comprendre<br \/>\nLorsque vos yeux, ferme\u0301s aux rayons d&#8217;ici-bas,<br \/>\nSe sont ouverts \u00e0 ceux que nous ne voyons pas.<br \/>\nVous aviez vos raisons pour e\u0302tre si tranquilles,<br \/>\nPour nous dire avec paix ces mots si difficiles<br \/>\n\u00ab C&#8217;est la fin ! c&#8217;est la mort ! \u00bb et pour croiser les mains<br \/>\nAvec la dignite\u0301 des he\u0301ros surhumains.<\/p>\n<p>Vieille femme et jeune homme issus de me\u0302me race,<br \/>\nAinsi vous nous laissiez l&#8217;exemple que n&#8217;efface<br \/>\nNi le temps qui s&#8217;en va ni l&#8217;amour qui fleurit,<br \/>\nComme un saint he\u0301ritage a\u0300 garder dans l&#8217;esprit ;<br \/>\nToi, grand&#8217;me\u0300re, ta foi, si hardie et si ferme<br \/>\nQue, libre, elle montait dans l&#8217;infini sans terme,<br \/>\nEt savait inspirer a\u0300 nos c\u0153urs de\u0301faillants<br \/>\nLa me\u0302me confiance et les me\u0302mes e\u0301lans ;<br \/>\nToi, fre\u0300re, ton courage et ton silence auguste<br \/>\nLorsque tu nous montras comment expire un juste,<br \/>\nQui fut aux plus beaux jours de son a\u0302ge charmant<br \/>\nLe martyr du devoir accompli simplement.<br \/>\nAh ! c&#8217;est qu&#8217;il est en nous un instinct qui proteste,<br \/>\nQui veut que le plus jeune apre\u0300s le plus vieux reste,<br \/>\nQui se refuse aux coups dont nous sommes atteints,<br \/>\nEt qui demande au ciel compte de nos destins.<br \/>\nNotre chair est trop faible et trop endolorie ;<br \/>\nQuand notre a\u0302me se tait, accable\u0301e, elle crie<br \/>\nComme si nos ai\u0302ne\u0301s souffraient dans le cercueil<br \/>\nNotre me\u0302me douleur et notre me\u0302me deuil.<br \/>\nNous qui trouvons la vie effroyable, et qui sommes<br \/>\nPre\u0302ts a\u0300 nous re\u0301volter du sort commun des hommes,<br \/>\nNous pleurons de ne pas pouvoir les retenir,<br \/>\nComme si notre tour ne devait pas venir ;<br \/>\nComme si ce passe\u0301 qui semble plein de charmes<br \/>\nN&#8217;avait pas eu ses maux, ses veilles et ses larmes ;<br \/>\nComme si maintes fois nous n&#8217;avions pas senti<\/p>\n<p>Que le bonheur re\u0302ve\u0301 nous a toujours menti,<br \/>\nEt qu&#8217;il n&#8217;en est pas d&#8217;autre (ou\u0300 que l&#8217;espoir se pose)<br \/>\nQue d&#8217;attendre sans fin quelqu&#8217;un ou quelque chose.<br \/>\nC&#8217;est que nous avons peur de ce passage obscur<br \/>\nAu bout duquel le port nous apparai\u0302t peu su\u0302r ;<br \/>\nC&#8217;est que la force manque et que la foi chancelle<br \/>\n\u00c0 voir autour de nous la mort universelle<br \/>\nE\u0301teindre les soleils comme les yeux ch\u00e9ris,<br \/>\nEt puis nous laisser la\u0300, stupides et meurtris ;<br \/>\nC&#8217;est que pour une me\u0300re a\u0300 genoux sur la fosse<br \/>\nQue son fils premier-ne\u0301 prit comme lit de noce,<br \/>\nIl n&#8217;est pas de promesse, au nom me\u0302me de Dieu,<br \/>\nQui lui puisse adoucir l&#8217;horreur de cet adieu,<br \/>\nDe ce de\u0301chirement d&#8217;esprit, de c\u0153ur, d&#8217;entrailles,<br \/>\nQu&#8217;elle endura le jour des blanches fune\u0301railles,<br \/>\nLorsqu&#8217;elle murmurait en e\u0301touffant ses cris :<br \/>\n\u00ab Toi qui l&#8217;avais donne\u0301, pourquoi l&#8217;as-tu repris ? \u00bb<br \/>\nC&#8217;est qu&#8217;elle oublie, he\u0301las ! la peine de la vie<br \/>\nEn pensant a\u0300 la mort qui l&#8217;a sito\u0302t suivie,<br \/>\nEt que ses pauvres yeux bru\u0302le\u0301s, noye\u0301s de pleurs,<br \/>\nFixe\u0301s sur ce tombeau, ne voient plus rien ailleurs.<br \/>\n\u2014Plus rien ?&#8230; Est-il donc vrai que l&#8217;a\u0302me dans la bie\u0300re<br \/>\nDescende avec le corps et se fonde en poussie\u0300re ?<br \/>\nFaut-il croire ceux-la\u0300 qui disent : \u00ab Vainement<br \/>\n\u00c0 nos regards chercheurs s&#8217;ouvre le firmament ;<br \/>\nChaque jour la science y creuse son domaine,<br \/>\nEt le re\u0302ve orgueilleux de l&#8217;homme s&#8217;y prome\u0300ne ;<br \/>\nMais l&#8217;e\u0302tre n&#8217;est qu&#8217;un souffle, et pour Divinite\u0301<br \/>\nN&#8217;a que force ou matie\u0300re en ce temple enchante\u0301 ? \u00bb<br \/>\nFaut-il croire ceux-la\u0300 qui disent: \u00ab L&#8217;esp\u00e9rance<\/p>\n<p>N&#8217;est que pour l&#8217;afflige\u0301 qui be\u0301nit sa souffrance ? \u00bb<br \/>\nOu ceux qui, plus nai\u0308fs, disent encor : \u00ab L&#8217;oubli<br \/>\nEfface vite en nous l&#8217;amour enseveli ? \u00bb<br \/>\nNon, mon c\u0153ur se soule\u0300ve et ma raison se dresse<br \/>\nContre tout ce qui froisse et blesse ma tendresse.<br \/>\nJe sais que notre temps est dans l&#8217;e\u0301ternite\u0301.<br \/>\nComme le grain de sable a\u0300 l&#8217;Oce\u0301an jete\u0301 ;<br \/>\nJe sais que notre globe est perdu dans l&#8217;espace<br \/>\nComme la fleur des champs dans l&#8217;ouragan qui passe ;<br \/>\nJe sais que tout de\u0301sir, tout songe, tout effort,<br \/>\nComme le flot se brise en arrivant au bord,<br \/>\nEt que les gens heureux devraient sans cesse craindre<br \/>\nEn tombant de plus haut d&#8217;e\u0302tre les plus a\u0300 plaindre ;<br \/>\nMais je sais que l&#8217;espoir est encor de l&#8217;amour,<br \/>\nEt que j&#8217;en ai besoin comme d&#8217;air et de jour ;<br \/>\nQue devant l&#8217;infini l&#8217;intelligence humaine<br \/>\nNe comprend rien, sinon qu&#8217;une loi souveraine<br \/>\nY re\u0301git toute chose en un splendide accord,<br \/>\nEt que partout la vie y de\u0301borde la mort.<br \/>\nJe sonde l&#8217;inconnu tout peuple\u0301 d&#8217;ombres che\u0300res<br \/>\nQui m&#8217;y semblent briller comme autant de lumie\u0300res.<br \/>\nEt les sentant revivre en mon c\u0153ur transporte\u0301,<br \/>\nJe leur dis: \u00ab Au revoir dans l&#8217;immortalit\u00e9 !&#8230;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Les Ormes, 2 novembre 1876.<\/p>\n<\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/web.colby.edu\/poetes\/siefert\/works-9\/souvenirsrassemblespage\/\">Retour \u00e0 la table des mati\u00e8res<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Po\u00e9sies in\u00e9dites (1881) Au Revoir Grand&#8217;m\u00e8re, a\u0300 ce moment affreux de son de\u0301part Ou\u0300, l&#8217;angoisse perc\u0327ant nos c\u0153urs de part en part, Les pleurs les plus amers nous baignaient le visage, Plus forte que nous tous en de\u0301pit de ton&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/siefert\/works-9\/aurevoir\/\">Continue Reading &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5596,"featured_media":0,"parent":391,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"template-fullwidth.php","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2018"}],"collection":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5596"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2018"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2018\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8708,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2018\/revisions\/8708"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/391"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/web.colby.edu\/poetes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2018"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}